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17 mai 2015

Journée mondiale de lutte contre l'homophobie, la lesbophobie, la biphobie, la transphobie
Nos silences sont déjà un jugement

Pour ne plus que le silence tue, ce site vous propose de libérer la parole

Témoignez ici de moments où le silence fut lourd, pesant, mortifère...

... Ou profitez-en pour dire ce que vous aimez, êtes et vivez, pour dire ce que l'on ne dit jamais, ce que vous aimeriez entendre plus souvent autour de vous.

Briser le silence

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Vos témoignages

Briser le silence

J'en ai assez de me battre pour exister . J'ai grandi avec le sentiment d'être un monstre parce que je ne me suis jamais pliée de façon définitive aux stéréotypes de genres. Pourtant, aujourd'hui encore, je continues à croire qu'une femme se doit de se sacrifier corps et âme pour les autres. Qu'une femme se doit d'avoir des enfants parce que c'est, le soit-disant, but de tout une vie. Qu'une femme se doit d'étouffer ses désirs pour satisfaire les autres... Dans le fond, j'en ai assez de cette guerre des sexes. J'en ai assez que des choses comme des écarts de salaires ne soient toujours pas résolus. Assez d'entendre les stéréotypes hideux que ma mère a fini par intégrer et avec lesquels elle me bassine si souvent. Assez que ce soit ses craintes de l'autre sexe qui m'ait poussé à l'isolement. Je m'en rends compte aujourd'hui et j'ai juste envie de pleurer et de disparaitre tant je me sens impuissante face à tout ça, j'en ai assez de me sentir être une erreur de la nature parce que je ne porte que rarement des vêtements dit féminins. J'aimerais me sentir en droit d'exister, et d'être autre chose qu'un "garçon manqué" qu'une fille dite "laide" j'aimerais juste me sentir humaine tout simplement...

Origami    21 avril 2018   

Elle s'appelait Emilie, c'était une "grande", qui avait la même professeure de danse que moi. Je crois qu'elle m'a plu parce qu'elle n'était pas la plus jolie selon les critères habituels : elle attachait ses cheveux n'importe comment, elle avait d'assez grosses joues, un appareil dentaire, ... Elle était la fille la plus belle que j'avais vu de ma vie.

J'ai réagi très calmement à cette attraction, toute nouvelle puisque j'avais toujours été 300% portée sur les garçons. Je vivais dans une campagne reculée, majoritairement homophobe, où j'entendais mes amies dire "Mais si elle est lesbienne, elle va vouloir coucher avec moi ! T'imagines ? Moi je la touche plus, je l'invite plus chez moi, on sait jamais ce qu'elle peut imaginer". Je n'ai rien dit. Les harceleurs auraient pu se servir de cela contre moi.

Mes parents ? Je ne les avais jamais entendu se prononcer sur l'homosexualité ou la bisexualité. Ils m'avaient l'air de gens tolérants, et quand j'essayais de les sonder "Tu vois, elle, elle est lesbienne !", je n'avais pas de réponse qui m'assurait une bonne réaction de leur part. Et puis "tolérer" une orientation sexuelle chez un inconnu, ce n'est pas comme apprendre que son enfant, la chair de sa chair, partage cette orientation.

J'ai brisé le silence dans la cuisine, avec ma mère. C'était un moment grave, un moment où ma vie pouvait basculer. J'avais entendu toutes ces histoires d'adolescents virés de chez eux, tabassés pour avoir osé dire "Je suis attirée par des personnes de mon genre". J'étais terrifiée.

"Ah, d'accord. Et alors ?" Ce n'était pas de l'indifférence. Elle était heureuse de me connaître plus, mieux, mais "Et alors ?" : qu'est-ce que ça changeait ?

J'ai brisé le silence depuis, d'abord seulement avec des proches ou des personnes de confiance. Quand c'était des amies, je voulais rassurer : "Mais ne t'en fais pas, je veux pas coucher ou sortir avec toi, hein, ça ne change rien à notre amitié". Et je n'avais même pas à le préciser. Ma bisexualité n'a jamais rien changé.

Je n'ai subi aucune violence, par chance, seulement quelques petits commentaires biphobiques, des "Ce n'est qu'une phase", etc, etc. Je n'ai jamais eu à craindre pour ma vie, ma santé, ni rien. Il n'y avait que mon silence qui me faisait craindre ce qui pouvait advenir.

Pyrène    17 mai 2015    Paris   

Bonjour,
J'ai un peux lue les messages et je crois que je vais un peux sortir du thème du cul mais bon c'est pas grave. Voila je voulais juste dire que j'ai 17 ans et que je me demandes ce que je fiches ici, dans ce monde. Je prends des antidépresseurs et je me drogues littéralement au calmantes (Atarax avec prescriptions que je prends en surdose, euphytose et les autres que je prends en surdose également mais sans ordonnance) Je sais que ça ne rime à rien, je sais que ça ne me mènera nulle part mais je me sens juste mal. J'ai l'impression d'être trop "différente" parce que je me sens plus mec que fille, parce que j'aime pas les soirées ou juste parce que j'aime tout ce qui est psychologie. Ma classe est plus que conne ( filles: oh lala! je me suis cassée un ongle; garçons: jeux vidéos/ *siffle*t'es bonne meuf'). Donc oui, je me drogues au calmantes mais ça ne marche plus vraiment et quand je vois ma psychiatre j'arrive pas à lui dire ce qui me fais du mal. J'aimerais dormir toute ma vie et ne jamais me réveiller.

Echo    30 mai 2015    Bergerac   

Je n'ai jamais vraiment su qui j'étais, comme la plupart des personnes de 20ans, et j'espère le découvrir. Je sais simplement que lorsque je ne m'habille pas "comme une fille", comme ils disent, j'ai le droit à des remarques telles que "t'es pas très féminine quand même, tu pourrais mettre un peu de maquillage, te lâcher les cheveux, et puis les robes ça t'irait bien". J'aimerais bien leur dire de se mêler de leur fesses, mais je préfère ne pas répliquer. De peur que ça dégénère. J'ai aussi droit à LA question: "mais toi, t'es lesbienne ?" Ça me fait rire parce que c'est comme si je demandais à cette personne, en me basant sur l'épaisseur de ses sourcils: "mais toi, t'aimes les kebabs en fait?"
J'ai essayé de répondre cela une fois, et la personne m'à répondu "mais ça n'a pas de sens!"
Précisément chaton. Ça n'a pas plus de sens que ce que tu as dit à propos de mon potentiel amour pour les autres femmes.

Message un peu désordonné, écrit comme ça venait. Un besoin de gueuler un peu! Merci

Arxia    5 juillet 2016    Paris   

A toutes celles et ceux qui croient au féminisme, j'ai été mal vue, par des mecs, par des nanas, parce que j'ai aimé, parce que j'ai baisé, parce que j'ai couché, parce que j'ai embrassé, mais j'ai toujours été jugée, malgré des circonstances atténuantes, malgré des histoires d'amour en construction, malgré mes espoirs déçus, j'ai toujours été jugée. Et ce que j'ai envie de dire, c'est que oui, quand je me sens seule, je roule des pelles, que oui quand je me suis faite larguée je couche avec le premier qui me plait, oui je fais ce qui me plait. Et tu n'as pas le droit de me juger, je fais ce qu'il me plaît car que je suis qui je suis, je sais ce que je fais et avec qui je le fais.
Et je voudrais parler tout particulièrement aux meufs, arrêtons de nous juger entre nous, personne n'est une salope, une salope ça n'existe pas, on est toutes différentes, attends de voir le jour où tu te feras réellement briser le coeur, attends de voir le moment où rien ne te semblera plus doux que dormir avec un mec, attends de voir. Attends d'additionner les mecs parce que juste tu t'amuses, Ne nous jugeons pas les unes les autres, qu'est ce qu'on s'en fout tant qu'on essaie d'être heureuses, les mecs sont déjà assez cons pour qu'on en rajoute une couche entre nous.

Agathe    25 mai 2015    Nancy   

Depuis que ce site a vu le jour, je ne fais que lire. Je n'ose pas parler. Je n'ose pas dire. Pourtant, je connais les mots, je les utilise bien, souvent. J'écris beaucoup, dans l'absolu. Je remplis des pages blanches sur mon écran, de mots noirs.
J'ai toujours aimé la lecture. Dès que j'ai su lire, j'ai plongé dans les livres pour rêver. À la maison, pas de télé, mais des livres...en pelletées. Alors je lisais. J'oubliais jusqu'à ma propre existence, en plongeant dans ces pages. Je ne voyais plus les mots, je vivais les histoires. C'étaient les moments les plus heureux de mon enfance...mais je digresse.
J'écris, disais-je. J'ai commencé à l'adolescence, avant même que mes parents envisagent de se séparer. J'ai commencé avant de voir la mort en face. J'ai commencé avant de découvrir à quel point la douleur peut être insupportable. J'ai commencé avant même de savoir ce qu'était la sexualité, avant même d'envisager pouvoir en avoir une. Je fuyais, encore et déjà, une réalité dont je savais que je ne saurais pas l'affronter.
Et j'avais raison, quelque part. J'ai choisi de me taire, parce qu'il n'y avait pas de place au dialogue, parce que ce que j'avais à dire ne pouvait pas être entendu.
Le problème avec le silence, c'est qu'on s'enferme à l'intérieur. Ce ne sont plus les autres qui nous imposent de ne pas parler, le silence devient une habitude, on ne dit plus rien. Rien de ce qui est essentiel, rien de ce qui nous touche, rien de ce qu'on ne devrait surtout pas garder pour nous. Le silence devient un mode de vie. On s'efface, on écoute. On devient "gentil". Comme un enfant sage. On ne fait pas de vague, on voit d'autant plus de choses dans ce silence, des choses qui nous blessent. Moi, en tout cas, je vois, je perçois, j'entends des choses qui me blessent. Et je n'ose rien dire. Jamais à voix haute, jamais aux autres. Pour survivre - puisqu'il s'agit de survie - je "vide" ma tête sur mon écran, sur des pages blanches. J'écris, jusqu'à ce que la douleur trouve son apogée, jusqu'à m'arracher des larmes, j'écris.
Parfois, j'écris des histoires et certains prennent plaisir à les lire. Parfois, la douleur est brute dans mes mots, je les garde alors pour moi.
Le problème du dialogue avec soi-même, c'est que l'interlocuteur n'apporte pas un nouveau point de vue, il ne soulage pas, il ne permet pas de sortir du cercle vicieux de ce silence qui nous agresse, qui nous ronge, qui nous tue, lentement mais sûrement. Je pense sincèrement que le silence me tue plus sûrement que l'éventuel cancer que la clope sur laquelle je tire avidement pourrait m'apporter.

Aujourd'hui, j'ai 27 ans et je sens le poids de ces années de silence sur mes épaules. Et il est lourd. Je n'ai pas défini ni mon genre, ni ma sexualité. J'aimerais dire "je m'en fous". J'aurais la conviction de le penser, si je le faisais. Mais je sais que je suis triste. Je sais que j'ai mal. Je sais que j'ai l'impression que personne ne comprends vraiment entièrement ce que je ressens et que la solitude est devenue une vieille ennemie, aussi haïe que familière.
Aujourd'hui, j'ai un copain, depuis 2 ans. J'ai eu des copines aussi, dont une avec qui j'ai dépassé les 5 ans de relation...et d'incompréhension aussi. J'ai fait semblant d'être un garçon. J'ai fait semblant d'être une fille. Et je n'ai jamais su décider. Je n'ai jamais eu l'impression d'être bien, dans un cas ou dans l'autre. Mieux peut-être, mais cela semblait surtout tenir à la tolérance qui m'entourait. J'ai beaucoup déménagé, plus ou moins 10 fois dans ma - pour le moment, courte - vie. J'ai eu envie de mourir, pour échapper aux angoisses, on m'a donné des médicaments. J'ai fini par les arrêter, après avoir fini par ressembler à un zombie : une personne sans âme, sans émotion, une coquille vide dirigée par la peur, ne survivant que dans, par et pour la peur. J'ai eu peur, pour moi. J'ai eu peur que finalement, la dernière chose à laquelle je me raccrochais, c'est à dire ma pensée, la conscience d'être moi et d'être en vie, disparaisse. J'ai eu peur de sombrer dans la folie et dans l'oubli : que moi, j'oublie que j'existe.
Après les livres, ce sont les jeux vidéo qui ont empli mon quotidien. WoW. L'illusion d'une vie sociale, l'illusion d'une réussite, l'illusion d'une famille ? C'est souvent ce qu'on me dit : "Non, mais moi je te parle de vrais gens, je les vois, je les touche !"
C'est vrai, ils ne touchent pas ma peau. Mais ils touchent mon coeur, mon âme. D'accord, je ne vois pas leur visage, mais j'entends leur voix. Je connais toutes leurs intonations. Je sais dire leur humeur juste dans la manière qu'ils ont de me dire bonjour. Avec eux, chaque succès est collectif. Ensemble, on prend soin des autres. Et cette communauté, cette famille qu'on a choisie, est plus bienveillante que tout ce que j'ai pu recevoir de ces gens qui peuvent voir mon corps, le toucher. J'ai l'impression que ce sont eux qui voient le "vrai" moi.
Aujourd'hui, je suis toujours en perdition dans cette réalité où je ne trouve pas ma place, où je ne sais pas qui je suis, ce que j'aime ou ce que je veux. Mais j'arrive à sourire, à rire sincèrement. Je sais qu'on m'aime et j'aime, sincèrement et entièrement. Tout le monde ne fait pas preuve de cet "inconditionnel" amour dont je semble être la seule personne à pouvoir faire preuve, mais j'aime et ça me fait plaisir d'aimer. J'ai la sensation d'être en vie et de pouvoir ressentir autre chose que la douleur.
Aujourd'hui, je suis moi. Qu'importe la définition qu'on s'efforce de me coller sur le dos, j'essaie d'être moi. Même si j'ai l'impression d'être pénible, même si c'est compliqué, même si ça ne plait pas, j'essaie de me rester fidèle, au moins à moi. Toutes ces cases dans lesquelles la société essaie de nous enfermer, j'aimerais les voir disparaître. Comme quand j'étais gosse, je ferme les yeux, prétendant que le monstre n'existe pas. J'essaie de ne pas voir que ces personnes si proches de moi et qui disent m'aimer essaient de me faire rentrer dans ces cases, parce qu'ils veulent comprendre. J'essaie de fermer les yeux, de garder le sourire, de me taire. Et ça me tue.

Voilà, aujourd'hui j'ai parlé. J'ignore si c'était très clair, j'ignore si ça servira à quelque chose. J'ignore si j'aurai le courage de dire non, un jour, de me lever et de laisser derrière moi toute cette intolérance sous couvert d'amour, d'avancer par moi-même, de me battre. Mais au moins, juste une fois, même anonymement, j'ai brisé le silence.

Papa, Maman, je t'aime.

Merci Pouhiou.

Nøbødy    17 août 2015    Internet   

J'ai 14 ans. Il y a même pas un an, je me pensais homme hétérosexuel. Maintenant je sais que je suis une femme trans pansexuelle.
Et entre temps, j'ai rencontré des gens qui m'ont permis de me découvrir.

La première fois que j'ai parlé de ma sexualité avec quelqu'un, c'était avec un garçon de mon âge.
Il me parlait de la sienne, donc j'ai commencé à réfléchir à la mienne.
Je ne me pensais pas capable d'aimer un homme, mais j'étais quand même beaucoup attiré sexuellement par les hommes.
Quelques mois après, j'ai eu des sentiments pour un homme, comme quoi je m'étais trompée !
J'ai compris ma pansexualité à ce moment là.

Quand j'étais plus jeune, je me disais quelques fois "ça doit être tellement bien d'avoir un corps de femme, j'aimerais trop en avoir un".
Puis j'ai rencontré des personnes trans via Twitter, qui m'ont expliqué le principe de transidentité, et j'ai remarqué que ça me correspondait totalement.
À ce moment j'ai donc décidé que je suivrai un traitement pour avoir un corps de femme, et une poitrine. Pour le changement de sexe je ne suis pas toujours totalement sûre.

J'ai eu du mal à parler à mes parents de ma sexualité et de ma transidentité.
Ils ont été au courant en premier lieu de ma pansexualité, qu'ils ont totalement acceptée.
Puis après est venu le moment où je leur ai parlé de ma transidentité.
Mes parents ont plus de mal avec ça, mais ils acceptent quand même.
Ils ne veulent pas que je m'habille comme une fille car ils ont peur que je me fasse tabasser, je les comprend, mais être obligée à ressembler à un homme tous les jours ça devient invivable pour moi..

J'avais fait un post sur Facebook où je parlai un peu de mon attirance pour les hommes, très vite TOUT MON COLLÈGE a été au courant.
Tous les gens qui sont en 3e (comme moi) sont venu me demander si c'était vrai, ce jour là je me suis pris aucune insulte, ils ont tous étés très tolérants.
Par la suite des gens plus jeunes (6e-5e) m'ont fait des remarques homophobes, mais bon, sachant qu'ils font un mètre de moins que moi, ils ne m'ont pas fait très peur x)
Mes amis IRL ne sont pas encore au courant pour ma transidentité.

Puis sur Twitter, où comme je l'ai dit je parle ouvertement de ma sexualité et de ma transidentité, j'ai reçu beaucoup de messages transphobes, heureusement qu'il y a la fonction 'bloquer'.

Neylyn    17 mai 2015   

Bon. Il est temps de parler. De me jeter à l'eau. De participer à ce grand édifice constitué de myriades de petits témoignages.

Je ne dis jamais ce que je suis aux gens.
Parce que je n'ai pas de nom pour le définir.
Parce que les gens me donneraient des noms et des étiquettes qu'ils accoleraient avant même de m'écouter, pour ensuite ne plus réellement m'écouter.
Parce que chacun a des a priori sur à peu près tout, et moi le premier.
C'est humain.

J'ai un amoureux, et je suis un garçon (cis-genre, j'entends).
Rien que cette nouvelle a fichu ma famille en l'air et continue encore de le faire, et ce depuis des années maintenant.
Pourtant cette relation est merveilleuse... mais très peu de gens arrivent à le voir.
Je l'aime, il m'aime, nous nous aimons et soutenons mutuellement...
Je ne changerais pour rien au monde notre situation conjugale actuelle.

Si j'ai gardé le silence jusqu'à maintenant, que je n'en ai presque pas parlé autour de moi, c'est parce que d'aucuns se sont alors dit que les hommes me faisaient fantasmer. D'aucuns se sont mis à me parler du corps de ces messieurs comme autrefois on me parlait des corps attirants de jolies demoiselles.
Sauf que je ne le vis pas comme ça.
Lorsque je regarde un homme, une femme, qu'il ou elle soit cis, trans ou inter, cela ne me fait rien.
Je ne fantasme pas sur le corps des gens.

J'ai longtemps semblé anormal à mes semblables, et sur ce point j'ai même semblé pathologique à mes propres parents (qui sont tombés de haut en apprenant qui j'aimais). Ils n'arrivent pas à croire que je n'ai pas la moindre petite once d'envie charnelle lorsque je suis en présence d'une "jolie" fille. Ni même d'un "joli" garçon d'ailleurs, même si sur ce point ils buttent de toute façon.

Lorsque je regarde un corps, ce qui m'attire est l'humain qui se trouve derrière. La passion intellectuelle, la flamme dans le regard de la personne, son envie de communiquer, la richesse de ses échanges ! Je veux m'attacher aux gens. Mais pas plus. Pas sexuellement, pas amoureusement.
Mon attirance va à la compagnie des personnes.
Mais en aucun cas leurs caractéristiques physiques.
Je n'ai pas de catalogue, je n'ai pas de "chasse". Je suis ou ne suis pas amoureux, c'est tout.
Je ne trouve aucun intérêt dans une image érotique, alors que je pourrai être émoustillé par un simple, minuscule et ridicule petit sentiment.
Si quelqu'un me dit qu'un ou une telle est joli(e), attirant(e), sexy, je suis obligé d'activer dans une partie de ma conscience un prisme de notre société, une liste étrange recensant les critères communs (tous plus arbitraires les uns que les autres) qui font dire à mon interlocuteur que ce gars/cette fille que l'on me dépeint ou que l'on me montre est effectivement attirant ou magnétique.
Mais je ne ressens rien.
Pas spontanément.
Pas comme ça...
Pas comme vous.

Aussi certains ont pensé que je devais être quelque chose comme asexuel (et, pourquoi pas, homo-romantique).

Mais les choses sont tellement plus compliquées...

J'ai aimé autrefois une fille (j'étais adolescent à l'époque), et voilà que j'aime aujourd'hui un garçon (ou plutôt un jeune homme, au vu de nos deux jeunes âges).
J'avais peur de m'engager. J'ai toujours eu peur de m'engager, et le milieu chrétien dans lequel j'ai baigné ne m'y a pas souvent aidé en ce qui concernait ma seconde et plus belle relation.

Mais je ne ressentais rien de sexuel à leur égard.
Juste une sorte d'amour courtois, qui aurait pu me mener à des folies... mais rien d'autre.
Rien... au début.

Cependant, lorsque mon cœur s'est envolé, lors de cette déclaration qui a fait basculer ma vie, une chose s'est produite.
Actuellement, je ressens des choses.
Mon attirance sexuelle n'est pas inexistante. Elle l'est juste pour le commun des mortels.
La personne que j'aime, maintenant que je suis en couple avec elle, est capable de me faire fantasmer. Est capable de me faire désirer. Est capable de me faire languir et transir d'amour. De me mettre dans tous mes états.
C'est merveilleux.
Et, pour autant, je souffre du regard des gens.
Parce que mes pairs en viennent forcément à penser que si cet homme est capable de m'émoustiller, que si son corps est capable de hanter mes nuits, alors il en va de même de tous les autres corps, et surtout de tous les autres corps masculins.
Alors que non.
Autour de moi, rien n'a changé. Je ne fantasme toujours pas sur d'autres corps, voir un homme même déshabillé ne me fait toujours rien.
Seule la personne que j'aime en est capable.

Qui arrive à le comprendre ? Qui peut comprendre ?

Ceux qui ne me connaissent pas assez me pensent hétérosexuel.
Ceux qui ont eu vent de mon petit-ami mais rien de plus me pensent soit carrément fou, soit "juste" homosexuel, soit simplement homophile (selon leurs systèmes de croyances).
Certains même me pensent bisexuel.

Certains pensent encore que je suis hétéro-romantique.
D'autres que je suis homo-romantique.

Mais ces étiquettes ne collent pas.
Je ne sais même pas si l'étiquette "asexuel" ou "pansexuel" me conviennent mieux.
Que ce soit pan-romantique ou autre chose.

Mais les noms des étiquettes ne servent à rien ici.
Tout ce que je sais, c'est que contrairement à énormément de monde autour de moi...
... mon attirance charnelle n'existe que comme conséquence de mon sentiment amoureux.

Je ne tombe pas amoureux de ceux qui me font fantasmer.
Car mes fantasmes se construisent uniquement lorsque je suis déjà amoureux.

Or il se trouve que, en ce qui me concerne, être amoureux relève de l'exploit.
Mais c'est la plus belle chose au monde pour moi.

Je regrette juste que presque aucun de mes proches ne sache à quel point ce que je vis est merveilleux.

(Mon ange, je t'aime.)

Kinoa    30 novembre 2015    Lyon   

Pourquoi est-ce qu'on a pas le droit de vivre comme tout le monde ?

une personne qui souffre comme tant d'autres    4 janvier 2017   

Je me suis tue. Depuis toujours, depuis toute petite. Je ne parlais pas. Ce n'est pas une image... Je refusais littéralement de parler, je ne répondais aux autres que lorsque c'était nécessaire, ou que j'y étais forcée. C'est encore le cas aujourd'hui, mais le problème s'est dilué. Petite j'avais peur. Peur de dire une bêtise, peur de dire ce que je pensais parce que cela pouvait choqué, ou faire peur, parce que je ne pensais pas comme les autres enfants de mon âge. Je comprenais et savais analyser "les problèmes d'adultes".
Aujourd'hui, je ne sais plus analyser "les problèmes d'adultes".
On me poussait à parler, alors aujourd'hui j'ai appris à dire ce que je pense lorsque c'est nécessaire.
Et aujourd'hui, je suis rejetée pour ça. Insultée, même.
Aujourd'hui, je suis devenue une coquille vide.
Aujourd'hui, le silence me tue, parler empire les choses.

Emy    17 mai 2015   

#CulPouhiou : des chroniques vidéo où l'on parle sexe, corps et sexualités sans fard ni jugements.

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