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17 mai 2015

Journée mondiale de lutte contre l'homophobie, la lesbophobie, la biphobie, la transphobie
Nos silences sont déjà un jugement

Pour ne plus que le silence tue, ce site vous propose de libérer la parole

Témoignez ici de moments où le silence fut lourd, pesant, mortifère...

... Ou profitez-en pour dire ce que vous aimez, êtes et vivez, pour dire ce que l'on ne dit jamais, ce que vous aimeriez entendre plus souvent autour de vous.

Briser le silence

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Vos témoignages

Briser le silence

Bientôt 24 ans.
Depressif depuis 10 ans.
Suicidaire depuis 2 ans.
Retenu depuis 2 ans uniquement par ma famille. Si je n'avais pas de famille, si je ne causerais pas de mal en partant, je sauterai avant le coucher du soleil.
mais elle est là, me piégeant par son amour.
Rageant n'est-ce pas ?

sans importance    15 juin 2018   

Ce que j'aime aujourd'hui c'est qu'on ne montre jamais aux enfants qu'il existe autre chose que le prince et la princesse. C'est vrai que je préfère mille fois attendre d'être au collège pour me faire insulter de gouinnasse parce que je me bagarre un petit peu. Et c'est tellement plus amusant d'aller sur internet pour savoir ce que veut dire "PD" et "trans". Aaah ya pas à dire ça forme la jeunesse.

Et puis cachons le plus longtemps possible aux enfants que le genre n'est pas lié au sexe ou à l'orientation sexuelle. Parce que sinon ils nepourront plus rentrer dans le moule que la société a formé pour eux, et ça c'est vraiment triste.
Oui, parce que ce qui est bien avec leurs conneries c'est qu'on finit pas croire que oui : tu n'as pas le droit de jouer avec cette petite voiture car tu n'as pas de pénis. Et même pas besoin que tes parents te le disent personnellement. La télé fait si bien le travail !

Alors on se retrouve comme des cons à ne plus rien dire.

Parce que se taire c'est plus facile que d'annoncer à ses proches que l'on va entreprendre une démarche de transition car tu n'en peux plus de vivre dans la prison qu'est ton corps.

Parce que se taire c'est plus facile que de dire "Non" à cette personne qui balade ses mains sur toi. Parce que de toute façon personne ne comprends qu'un attouchement n'a pas besoin d'être sexuel pour te traumatiser.

Parce que se taire c'est plus facile que d'expliquer que tu es asexuel et que tu ne vois pas en quoi "être amoureux et ne pas envisager pas de coucher" est un problème . D'ailleurs tu trouves aussi stupide de se limiter à un modèle binaire. Pourquoi être forcément 2 dans une relation amoureuse ?

Et que de toutes façons, avec ta voix d'adolescent qui n'a jamais mué, avec cette voix trop haute qui passe mal au téléphone, tu n'as plus envy de parler.
Parce que tu n'es pas assez "vrai" pour parler avec les cis comme un cis. Parce que pour eux, un homme sans pénis, ça n'a pas le drot d'être en couple avec un homme gay. Parce qu'au fond, c'est vrai, c'est pas du jeu.

Et moi je trouve ça vraiment bien de voir une communauté, opprimée à cause de son "orientation sexuelle déviante", opprimer une autre communauté pour son "identité déviante". C'est tellement cool autant de solidarité. Je me demande si les déportés juifs crachaient sur les déportés gays tiens.

Heureusement, dans ce monde perdu et sur l'immensité d'internet on trouve parfois une bouée. Et cette bouée ce sont des gens qui osent dire des trucs à travers des projets, montés sur le web en cachette, des gens qui osent parler.
Cette bouée pour moi c'est la communauté bronies, une masse de gens qui regardent My Little Pony, en s'en foutant pas mal de leur genre, de leur sexe et de leur orientation sexuelle. Et voir tant d'ouverture d'esprit, croyez moi, ça fait du bien.

Alors aujourd'hui je tue un peu le silence. Parce que ça fait du bien.
De parler.

SuperPony    17 mai 2015   

Parler c'est mon truc, mon hobby. Raconter des histoires un peu folles, sans queue ni tête. Inventer sur la base de détails quotidien des explications capillotractées. Dire des bêtises énormissimes. Tout ça pourquoi? Pourquoi parler si c'est pour ne rien dire?
Je parle pour essayer de dire. Car au fond, même si je parle encore est toujours, je ne dis jamais ce que je souhaite dire. Je parle et j'invente en même temps un monde où tout est tellement absurde et logique en même temps. Avec un ami on parle comme ça à deux, à haute voix, n'importe où. Et au fond on s'en fout que tous nous entendent débattre sur une pseudo prophétie ou réinventer les causes de l'existence des chewing gum. Au fond je m'en fous que tout le monde m'entende d'un coup chantonner ou siffler un air d'opéra. Au fond je m'en fous car au fond je me tais et c'est ce silence là qui me pèse. Car oui, il y a tellement de choses importantes ou non, à mes yeux, que je voudrais dire, de questions que je voudrais poser et que je garde silencieuses. Tout ça je le tais, pour ne pas m'exposer, car dire des bêtises c'est à l’extérieur de soi, alors qu'exprimer un tabou c'est permettre au gens de nous voir à l'intérieur. Ainsi:
J'aime la vie, la vieille dame qui est montée dans le tram ce matin est magnifique, je dors avec mon doudou, j'ai peur de la mort des autres, comment on fait pour entamer une discussion avec un inconnu, je fantasme sur quelqu'un d'inexistant, les gens sont beaux, combien me faut il de secondes pour réagir en cas d'agression, plus tard je voudrais écrire un livre sur deux femmes qui s'aiment, hier j'ai joui en pensant à Elle, pourquoi on tue, j'ai envie d'être en couple avec quelqu'un, est ce que tu peux me masser le dos... Mais aussi la phrase de V pour Vendetta "Mais d'abord et par dessus tout, je veux que vous sachiez que même si je ne vous connais pas et ne vous connaîtrai jamais,que nous n'ayons partagé ni rire, ni larme, ni baiser, je vous aime, de tout mon cœur, je vous aime"

Ehal    9 décembre 2015   

J'ai un prénom, 19 ans et tout mes dents. Je suis une fille. Je ne me décris pas comment bi ou lesbien mais parfois j'utilise le mot "Pan". Et depuis toujours j'aime des femmes comme des hommes. Et j'aime particulièrement ma meilleur amie, 15 ans. Je pense pouvoir dire sans me tromper qu'elle m'aime aussi. Et de la même façon que moi, en plus. Juste de l'amour, sans sexe. Parfois des bisous, parfois des câlins. Mais elle assume peux ou pas notre façon d'être. "Nous on s'aime platoniquement." Oui.... Mais c'est de l'amour et elle semble ne pas l’accepter. Alors avec le temps ça deviens cheloux. On se tiens la main, on rigole mais elle se renferme sur elle... J'ai rien d'autre a dire a part que si vous êtes dans un cas comme le mien baaaaaah courage et ne pensé pas être bizard ! Il n'y a pas qu'une façon d'aimer ! <3

Neko    19 juin 2016    Liège   

Désolé pour le pavé, le but ici est de ne pas se taire et j'ai trop de choses à dire...

Je suis une fille qui ne s'est jamais sentie comme les autres, sans jamais comprendre pourquoi. Je ne me suis jamais vu comme les autres me voyaient. Quand j'étais jeune, on a fait une pièce de théâtre. Alors que les autres filles voulaient toutes avoir le rôle de la princesse, j'ai décroché celui du prince charmant. J'ai joué devant une salle remplie de parents en laissant parler cette personne au fond de moi qui n'avait jamais eu l'occasion de se faire voir, et tout le monde a adoré la pièce. Je m'en souviens encore aujourd'hui, même mes parents en parlent avec le grand sourire et me disent que j'étais resplendissante.
Il m'a fallu plusieurs années avant de comprendre en quoi j'étais différente des autres. Au début de l'adolescence, je voulais être féminine, parce que je voyais toutes ses star qui sont magnifiques et je voulais être comme elles. J'étais une ado complexée qui se cherchait sans se trouver. Encore une fois, je ne me voyais pas comme j'étais réellement, pas comme les autres me voyaient. Je m'idéalisais sans comprendre que je ne pourrais jamais être comme ses stars de magazines. Je ne l'ai compris que quelques temps après, quand j'ai commencé à vouloir réellement être moi-même et cesser d'être le mouton derrière qui suit les autres.
Puis j'ai compris. Il y a à peine quelques mois, complètement par hasard, je me suis imaginé vivre une autre vie. Être le contraire de ce que j'étais à ce moment-là. Être plus fort, autant physiquement que mentalement; avoir mon propre avis et ne pas suivre celui des autres; dire ce que j'ai envie de dire, sans qu'on me le restraigne; être la personne que j'avais toujours voulu être. C'est là que je me suis imaginé être un garçon. Pas un homme comme on en voit dans les magazines, musclé et bronzé avec une grosse voix. Non, je voulais juste être un homme, un vrai, celui qui n'est pas retouché mais qui sait plaire au naturel. Je voulais être fort, je voulais laisser tomber mon image de petite adolescente soumise et faible. Alors j'ai pris une décision, j'ai décidé de vivre pour moi-même et de mener ce rêve jusqu'au bout. En devenant un homme, en devenant ce que j'aurais dû être depuis la naissance.
Ma mère ne m'a pas compris. Elle ne me comprend toujours pas. Parfois je me demande si quelqu'un me comprend réellement. Changer de sexe, c'est presque tabou. Tout le monde est censé être heureux dans son sexe d'origine. La majorité des gens ne peuvent pas comprendre ce que ça fait de se regarder dans le miroir et de se dire ''Ce n'est pas moi, ce ne sera jamais moi''. De se trouver affreux, de penser être un monstre, une erreur de la nature, une atrocité qui ne mérite pas de vivre en ce monde. Parce que je ne suis pas normal, parce que je ne vais jamais l'être, parce que je ne l'ai jamais été.
J'ai chialé pendant la vidéo, chialé en repensant à toutes ces années de peur et de mensonge, chialé en me disant que tout le monde, sans s'en rendre compte, me voit déjà comme un homme. J'ai continué le théâtre et jamais je n'ai eu de rôle féminin, pourtant ma mère s'entête à me dire que je ne suis pas un garçon, que j'ai toujours été une fille et que ce n'est qu'une passe de l'adolescence où on se cherche et on ne se trouve pas. Je crois que seul le temps pourra nous dire lequel de nous deux a eu raison, mais pour le moment, c'est encore dur pour moi de me taire et de ne pas crier au monde entier que je ne serai jamais la petite fille charmante qu'ils ont voulu que je sois.

J'ai 15 ans, je suis un homme piégé dans un corps de fille qui souffre de dépression et qui est victime d'incompréhension de la part de la société.

Kuromitsu    18 mai 2015   

Pour l'euphorique chouette, la mort est une fête.
Pour le serpent belliqueux, la mort est un jeu.
Pour la mante absoute, la mort est une pute.

J'étais bien trop jeune pour me perdre dans la scélératesse humaine, et après de nombreuses péripéties portant atteinte à mon corps comme à mon âme, je suis encore loin d'avoir retrouvé le sentier battu. Mais en attendant, j'aide ces vieilles gens, parfois oubliées mais bien souvent mal éclairées à retrouver le chemin qui leur corresponde.
Mon passé sombre dans l'oubli, ne me laissant pas d'autres choix qu'une rédemption agrée pour ceux méritant punitions et lamentations.
J'ai aimé, j'aime et je souhaite encore aimer mon existence... alors je demeure ma propre source de miséricorde.

Ne niez pas l'interdépendance entre votre sérénité personnelle et celle d'autrui.

La Méduse    19 mai 2015    Toulouse   

"j'aime pas les minutes de silences, viens on fait un putain d'boucan"
L’écho de cette phrase par rapport à ce site m'inspire. Trop souvent je constate que les gens comme moi sont trop peu représenter dans les milieu défendant la sexualité, ou du moins, pas assez explicité. Je suis sociopathe, pour moi une émotion n’es qu'une donnée interprétable, je peux voir que quelqu'un est amoureux, mais je n'arrive pas à le ressentir. Maintenant imaginé que vous devez vivre votre amour, votre sexualité avec cette incapacité à partager un sentiment avec l'autre. Par expérience je peux vous dire que c'est dur, malheureusement les codes sociaux font que tu peux (trop) rarement t’engagé avec quelqu'un en lui disant que pour toi, elle ( ou il d'ailleurs) ne représente rien et que ton cœur ne va jamais battre plus parce que t'es amoureux, non si ton cœur bat plus vite c'est parce que ta une pulsion sexuel et que t'es "chaud". Alors tu mens, tu simules des émotion, de manière imparfaite car tu ne les a jamais connu que par une tiers personne et en même temps tu comprend, tu vois tous l'amour de l'autre, tu sais très bien qu'elle veut voir la même chose dans tes yeux, mais tu peux pas lui donner. Alors l'autre souffre, tu le sais, alors tu réfléchis, t'essaye de simuler de mieux en mieux, de te mentir à toi même et tu tombe dans un cercle vicieux ou ta vie amoureuse n'est qu'un grand mensonge.
Quand il faut passer à l'acte, tu t'efforce à te préoccuper de l'autre, alors qu'en vrai le jouissance de l'autre ne te fais pas plus plaisir que la tienne, trop souvent tu oublie l'autre, alors tu le regrette, tu te sens mal à l'aise, tu te demande si c'est vraiment humain d'ignorer l'autre à ce point. Tu ne dis rien, tu te tais parce que les gens vont penser que t'es un serial killer, un fou sans sentiment, tu te convint que les gens t'aime et qu'ils ne le feront plus s'ils savent que ça ne peux être réciproque. "Puisque, le contraire de l'amour, c'est pas la haine mais bien l'indifférence" encore une phrase qui percute, malgré tous tu sais que tu fais souffrir les gens autour de toi, alors que tu es juste "normal" de ton point de vue. Les gens au quelle tu tente d'expliquer ce concept n'arrive même pas à imaginer que c'est possible, se disent que t'es bizarre. Alors tu t'isole ou tu ne te préoccupe plus de ce que ressente les autres, tu te recentre sur toi même, après tous les gens ne te comprennent pas alors pourquoi tu ferais l'effort de les comprendre ? Mais en vrai ça te frustre, les autres sont comme des objets avec une fonction précise, leurs fonction n'est pas de t'exclure mais d’être utilisé par toi, alors pourquoi ne se laissent-il pas faire ? Pourquoi tu ne vois les chose que comme ça ? Tu fais tous pour te combattre, inutilement.
Alors oui, je suis un sociopathe et personne n'en parle, mes relations sont ambiguë, malhonnête, mensongère car j'ai l'impression que les gens ne peuvent me comprendre. Je ne suis pas assez émotif pour tenter de t’émouvoir, alors si tu lis cela et qu'un jour quelqu'un te confesse qu'il ou elle n'arrive pas à ressentir quelque chose, parle lui, ne le laisse pas seul car c'est dans le silence qu'on devient des personnes détestable, parle nous, laisse nous t’expliquer notre vision du monde trop logique. Briser le silence nécessite d'avoir quelqu'un à qui parler.

Kimik    18 mai 2015   

L'an dernier j'était en sixième et je suis sortie avec une fille de troisième (je suis encore avec elle) les gens du collège l'ont su et la j'ai commencer a me faire harceler, je peut comprendre quand des personne ne comprennent pas l'homosexualité mais la c'était juste du dégout. Et puis 600 personnes qui te pose sans arêt des questions même si des fois se n'est pas vraiment méchant ça fait paniquer.Bien sur je ne pouvais pas en parler a mes parents qui sont homophobes j'ai essayer d'en parler avec des adultes mais je n'ai obtenu que des regards dégoutés... Maintenant j'ai changé de collège mais depuis j'ai peur de la foule et je dis a très peu de gens que suis bi. Mais peu a peu je commence a me libérer un peu plus parce que j'ai des amis cool et que j'ai pu en parler avec eux ça ma énormément aidé.
Merci pour tous ce que tu fais Pouhiou < 3 et j'espère que d'autres personnes briserons le silence!

Adenaï    17 mai 2015   

Briser le silence. C'est exactement ce qu'il me fallait.

A toi qui lis, ne t'attends pas à un témoignage passionnant. C'est la journée contre l'homophobie, et pourtant je ne vais pas parler de ça, du moins sous cet angle. Parce qu'on a pas de journée pour les moutons noirs dans les écoles ou les adolescents métalleux qui se renferment sur la musique, j'vais ouvrir ma gueule, pour une fois.

J'ai toujours été diagnostiquée surdouée, hypersensible et renfermée sur moi-même. 5 psys différent l'ont dit, puisque mes parents se refusaient à accepter qu'un de leurs enfants ne rentre pas dans le rang. Pendant des années, j'ai été cette fille que tu as sûrement vu, dans le fond de la classe, à travailler et avoir des résultats, ne jamais parler et être habillée comme un "garçon manqué", une sorte d'être asexué parce que ma mère ne pouvait plus travailler, mon père était parti et mes grands-parents maternels avaient du mal à finir leur mois financièrement en s'occupant de leurs petites filles.
Puis un jour, j'ai rencontré quelqu'un. J'avais 15 ans, il en avait 17, je l'ai cru lorsqu'il m'a menti, j'ai cédé, puis il m'a quittée. Il me trompait avec ma meilleure amie depuis plusieurs mois. Je me suis renfermée encore plus. J'avais 16 ans, on me harcelait scolairement, on me traitait de pute aussi. Parce qu'un mec' qui enchaîne les filles c'est un "BG", une fille qui croît en un mec' à tort c'est une "pute".
J'ai changé de collège puis de lycée, 3 fois. Sans résultats. Peut-être qu'être habillée en "métalleuse" fais de vous une victime, que sais-je ? Entre temps, mon physique a changé. Ma puberté s'est terminée, j'ai pris 3 tailles de soutien gorges. C'est con à dire, mais les blagues vont bon train dans les lycée. Les gens ne me connaissent pas par mon nom, mais par "la fille aux gros seins, tu sais, la major des terminales".

C'est peut-être ça qui a lancé cet homme, dans le train. Un petit train de banlieue parisienne, il y a même pas 10 mois. Je rentrais de chez ma mère pour aller chez mes grands-parents maternels, et j'étais quasiment seule dans la rame. Il est arrivé, s'est assis à côté de moi et à commencé à me peloter assez fort. J'me suis levée, j'l'ai engueulé, mais à vrai dire, je ne suis même plus certaine de ce que j'ai dit. J'ai eu le réflexe d'appeler un ami et de m'installer à l'autre bout du wagon. Mais ce qui m'a frappé, c'est que tout le monde s'en moquait. Personne n'a réagi, ni même levé les yeux. J'en vient même à douter d'avoir parlé fort, peut-être même parlé tout court.

Il y a 8 mois, je me suis enfin remise en couple. J'espère pouvoir lui faire confiance, à lui, mais ça a l'air bien parti. Niveau cul, je lui ai expliqué pourquoi j'avais du mal à m'y mettre, à cause de cette personne qui a cru bon de venir embêter une fille dans un train de banlieue. Il a compris, et m'a promis qu'il attendrait autant qu'il faudrait. Mais ça finira par aller mieux, pour moi.

Texte fini, je suis clairement hors-sujet. S'il y a une modération, vous pouvez supprimer mon témoignage. Mais au moins, ça m'aura permis de faire ce que je ne peux pas faire au quotidien. J'aurais pu parler de la fois où un ami et son copain se sont fait frapper dans un bar un soir de juillet dernier. J'aurais pu parler du nombre de fois où des rumeurs se répandaient, selon lesquelles j'étais lesbienne (avant les voyages scolaires). Mais en fait, javais juste besoin de parler

Simplement parler.

Agathe    18 mai 2015    Paris   

J'ai besoin d'argent. Enfin, pas dans l'immédiat, étant encore une étudiante vivant aux crochets de ses parents. Mais je vais en avoir besoin. Comme tout le monde, quelque part. Il y a toujours ces phrases, ces mots que l'on répète, que l'on se répète : "je ne veux pas me prendre la tête", "je ne veux pas penser à ce que je dépense", "je ne veux pas passer ma vie à compter". On a beau dire que l'argent ne fait pas le bonheur, c'est devenu une formule creuse et insipide quand on voit à quel point il y participe.
J'ai besoin d'argent. En quantité importante. Pour avoir un logement assez grand pour accueillir des amis qui en auraient besoin, pour me nourrir correctement, pour me soigner, pour me vêtir, pour m'acheter des livres et de quoi faire de la robotique. Pour permettre à la personne que j'aime de mener ses projets à bien sans se prendre la tête pour ce genre de chose. Pour soutenir les créateurs que j'apprécie, les causes que je défends. Je m'en fous de n'être perçue que comme une "conasse de bourge" à cause de mon futur salaire à 40K/an, de la position sociale que je peux atteindre facilement grâce à ma naissance dans une famille déjà aisée. Ce qui compte, c'est que mes proches ne soient pas dans le besoin, que je puisse être là pour les aider s'il le faut. C'est une manière comme une autre de soutenir, et si ça permet à mes potentiels futurs neveux et nièces de commencer dans la vie active sans dettes, je mettrai la main à la poche sans problèmes.
Si j'écris ça maintenant, c'est pour me souvenir de pourquoi j'ai souffert, de pourquoi j'ai révisé jusqu'à des heures indues pour de stupides QCMs, de pourquoi je fondais beaucoup trop régulièrement en larmes pour que ça soit normal. De pourquoi je vais prendre encore plus cher l'année prochaine dans cette putain d'école d'ingénieurs. Je dois reconnaître que ça va de moins en moins fort depuis la moitié de la terminale, mais à ce moment-là j'étais entourée de gens qui me remontaient quotidiennement le moral. A l'époque, ce qui me minait, c'était la possibilité de finir en prépa. Rien qu'y repenser me rend triste. Et je sais qu'à un moment, j'en avais des frissons d'horreur et les larmes aux yeux, à m'imaginer dans ce cadre compétitif, à être obligée de me battre pour une place dont je ne voulais pas, pour une place qu'un autre aurait de toute façon plus méritée que moi, et tout ça dans un système scolaire qui me faisait de plus en plus vomir.
Du coup j'ai intégré une école en cinq ans et je survis tant bien que mal depuis un an et demi. Être en période d'accalmie me permet de me souvenir à quel point la Sup a été horrible. Les transports au début, les problèmes avec l'administration, les nouvelles matières et façons de travailler. Evidemment il y avait aussi les points positifs : les rencontres, le jeu de rôle, des matières passionnantes, la fin du rabaissement quand on dit qu'on veut bosser. Mais ça n'efface pas le fait que je me suis sentie comme une loque bien plus d'une fois. Que je n'ai jamais eu autant envie de crier et de frapper tout ce qui m'entourait. Que j'ai perdu la moitié de mes vacances d'été à cause des rattrapages, que d'irritable je suis passée à insupportable avec ma famille. Encore que j'exagère peut-être, si ça se trouve mon mutisme naturel m'a permis de sauver la face avec eux. Je ne sais pas. Tout ce que je sais, c'est que je rembourserai mes parents rubis sur l'ongle pour ces études. J'en ai ras-le-bol d'être dépendante, je ne veux plus rien devoir à personne.
Puis est venue la Spé. Ça devait aller mieux, après tout les deux tiers de la promo qui avaient survécu à la Sup avaient les capacités de s'en sortir. Et pourtant, c'est passé à un poil de cul. Mes modules, je les ai validé grâce aux compensations, et j'en connais beaucoup qui auront d'autres rattrapages en juillet. J'ai littéralement eu l'impression de me noyer pendant ce semestre. Le sentiment que je n'allais pas m'en sortir me collait à la peau, me faisait broyer du noir, m'empêchait de me réjouir de la moindre note positive. Agrémentez le tout d'une classe dont la moitié des gens passaient leur vie à faire des blagues misogynes et/ou transphobes, et vous avez un joli cocktail bien toxique.
Est arrivé un moment vers la fin du semestre où j'ai craqué. Un soir, j'ai envoyé chier mes révisions, j'ai pris mes feutres, et je me suis dessinée sur les bras et les mains jusqu'à en avoir marre. Puis j'ai colorié des pages entières dans l'un de mes carnets, et j'ai recommencé. Ce qui me fait le plus peur, c'est qu'après je me suis rendue compte de ce que j'avais vraiment envie de faire à ce moment-là. Ce qui m'aurait soulagé encore plus efficacement, ç'aurait été de me griffer l'intérieur des coudes jusqu'à m'en faire saigner, puis de réitérer sur les avant-bras, jusqu'à ce que la douleur ou la fatigue me fasse arrêter. Je ne l'ai jamais fait avant, et pourtant rien qu'y penser m'emplissait d'une joie terrifiante. C'est la première fois que j'en parle.
Ce troisième semestre est fini, l'actuel n'est qu'une vaste blague. Je suis en Irlande pour un échange, et la réputation de vacances n'est pas usurpée. C'est bien, ça me laisse du temps pour enfin reprendre l'écriture et le dessin. Et mieux que tout, pour me préparer à l'année prochaine. Parce que c'est connu, chez nous c'est la troisième année la pire. La quantité immonde de choses à apprendre et à faire dans des laps de temps beaucoup trop courts, les heures indues de rendus, les rushs projets qui nous tiennent éveillés plus de 48h de suite, le clash par les étudiants des années supérieures qui vont nous encadrer. Et toutes ces choses que je ne connais pas encore.
Pourtant, je compte m'acharner. Je refuse de partir, de me rediriger vers la fac ou n'importe quelle autre école. Je mettrai mes feutres à sec s'il le faut, si ça me permet d'avancer encore un peu. Je sais qu'il va falloir que je m'effondre et que je finisse au moins à l'hôpital avant de lâcher l'affaire. Je crois que j'ai déjà des problèmes avec mes oreilles. J'ai dû porter des boules Quiès pendant un an, et même après être allée voir l'ORL pour enlever les bouchons de cire que ça m'avait formé, j'entends encore du bruit lorsque tout est silencieux. Je devrais prendre rendez-vous pour un contrôle de l'ouïe. Mes proches m'ont aussi dit plusieurs fois que j'avais minci. Ça par contre, ça m'inquiète beaucoup plus. Mais peut-être que c'est simplement parce que je mange moins riche depuis que je ne vis plus chez moi. Je suis solide, il faut que j'essaye d'aller jusqu'au bout.
Ouais, j'ai vraiment besoin de ce fric.

730    27 février 2017   

#CulPouhiou : des chroniques vidéo où l'on parle sexe, corps et sexualités sans fard ni jugements.

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