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17 mai 2015

Journée mondiale de lutte contre l'homophobie, la lesbophobie, la biphobie, la transphobie
Nos silences sont déjà un jugement

Pour ne plus que le silence tue, ce site vous propose de libérer la parole

Témoignez ici de moments où le silence fut lourd, pesant, mortifère...

... Ou profitez-en pour dire ce que vous aimez, êtes et vivez, pour dire ce que l'on ne dit jamais, ce que vous aimeriez entendre plus souvent autour de vous.

Briser le silence

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Vos témoignages

Briser le silence

Un jour, peut-être 8 ou 9 après les faits, je me suis souvenue. Et je n'ai pas pu en parler parce que c'est un cas qui... n'existe pas. Personne ne m'a jamais parlé de ça. Je n'ai vu nulle part que ça pouvait exister. Ce n'est que récemment que j'ai vu - enfin ! - des gens parler du viol entre enfants. Mais même là, c'était différent. Ce n'était pas un viol. Ce n'était pas un viol aux yeux de la loi parce qu'il n'y a pas eu de pénétration.

Nous avions 7 ou 8 ans. Je ne sais plus, j'ai oublié. Nous étions amies, et je jouais chez elle, dans sa chambre. Pas encore remplies de tabous et de honte liés à notre sexualité, on parlait de comment on se frottait avec nos peluches. Et elle m'a demandé de le faire avec moi. J'ai dit non. Alors elle a insisté, me disant qu'elle serait punie si je ne voulais pas jouer avec elle. C'était ça, c'était un jeu, comme n'importe lequel, et j'ai cédé comme on concède de faire une partie de Monopoly.

Juste après je me suis rendue compte que, non, ce n'était pas comme une partie de Monopoly. J'ai écrit sur un carnet qu'elle m'avait forcé à faire des choses. Je ne sais plus mes mots exacts. D'autres élèves ont trouvé ce carnet (on fouillait régulièrement mes affaires, je n'étais pas très aimée) et ont lu cette phrase. Étrangement, alors que ces gens-là ne rataient pas une occasion de me faire du mal et de m'humilier, ils s'en sont pris à elle. Je ne sais plus ce qu'ils lui ont dit. Ça n'a pas duré longtemps et ce n'est arrivé aux oreilles d'aucun adulte.

Puis j'ai oublié. Je ne sais pas pourquoi j'ai oublié ça, puisque j'y repense sans douleur, sans haine. Peut-être n'aurait-ce pas pu être le cas si j'avais dû porter ça pendant mes années de collège ? Je ne le saurai sans doute jamais. Je ne lui en veut pas. Je ne crois pas qu'elle ait eu la moindre idée de la gravité de la chose. Je ne crois pas qu'elle y ait vu autre chose qu'un jeu. Je ne sais même pas si elle s'en souvient, mais je ne lui en veux pas.

Seulement, voilà. Moi, j'ai été "violée". Par une fillette de 7-8 ans.
Et ça existe.

E.    26 mai 2015   

Faire semblant, jour après jour, d’aller bien, faire comme si de rien n’était et se contenter d’être heureux. Aujourd’hui je craque, je laisse les émotions et mon passé me rattraper. Aujourd’hui j’en ai marre et ne montre que ce que je suis à l’intérieur : une coquille vide. Aujourd’hui je n’en peux plus et j’emmerde le monde. « T’es bizarre ». Bah ouais, j’suis pas comme d’habitude. Tu ne comprends pas donc c’est forcément bizarre. Je suis bizarre. Catégorie. Je ne suis pas comme tu voudrais que je sois surtout. Eh bah tant pis, je ne ferais pas semblant pour faire plaisir.

Aujourd’hui je repense à ce garçon, en école primaire. Je l’aimais bien. Mais les garçons et les filles ne se parlaient pas, c’était sujet aux blagues stupides et blessantes. Petite j’étais timide, je ne savais pas parler. Je ne savais pas comment m’exprimer, on ne m’avait pas appris. Communiquer avec les autres, parler de ce qu’on ressentait, ca ne se faisait pas. Je lui courrais après, à la sortie de l’école. C’était un jeu, pour moi. Un jour je l’ai poussé, sans le vouloir, sans réaliser. Je savais que j’avais fait quelque chose de mal, mais je ne comprenais pas.
Le lendemain ses parents sont venus parler aux miens.
Ils se sont excusés, je crois, je ne sais pas trop ce qu’il s’est passé. Mais on n’en a jamais parlé. Ils ne m’ont posés aucune question. Ce garçon et sa famille ont déménagés quelques temps après.
Je le regrette encore et j’aimerai pouvoir dire à ce garçon à quel point je suis désolée. A quel point j’ai été maladroite. On ne m’a pas appris à parler…

Quelques années plus tard, mon père m’a emmené voir un psy pour enfant. Il pensait que j’avais subi des attouchements d’un copain de mon frère. Aujourd’hui encore, je me demande pourquoi il a cru ça. Aujourd’hui encore, j’ignore ce qui s’est passé ce jour-là, je ne m’en souviens pas. Mais j’ai dis à la psy qu’il ne s’était rien passé. C’était ce qu’on attendait de moi, non ? Peut-être aurais-je dû parler du reste. De ce qui n’allait pas. De mes peurs. Du fait que je ne sache pas parler. Mais on ne m’a pas appris à parler…

En grandissant j’ai développé une peur. Peur des hommes. De ce qu’ils peuvent me faire, d’être blessée. Physiquement ou moralement. Je n’arrive pas à faire confiance intimement à un homme. J’ai eu des relations, j’en ai et en aurais d’autres. Mais je vis toujours dans la peur. J’ai des désirs, des plaisirs, des rebuts. Cachés, au fond de moi, tout au fond, surtout, que personne ne voie, que personne ne sache… Je n’ai pas appris à parler.

J’ai longtemps détesté mon père, et eu peu d’estime pour ma mère. Ignorés mes frères et surestimé ma sœur. J’aimerai dire à mes frères et sœurs que je les aime et que je souhaite être acceptée comme je suis, toute entière et non seulement la surface. Avec mes sentiments et mes idéaux, mes envies et mes peurs. Pas juste parce que je suis la petite sœur et qu’il faut sauver les apparences. J’aimerai dire à ma mère qu’elle est forte, et que je l’aime. J’aimerai dire à mon père que je suis désolée, que j’ai passé trop de temps à le détester sans savoir, et que je le respecte et l’estime. Et je le remercie.
Nous sommes une famille loin d’être unie, mais qui sait sauver les apparences. Qui n’a pas appris à aimer, qui n’a pas apprit à parler…

Aujourd’hui, ca ne changera pas. Mais aujourd’hui je veux apprendre à parler.
Parler, parler encore, parler toujours. Briser le silence, parce que le silence tue.

Miisa.    20 mai 2015    Strasbourg   

Il y a quelques années, j'ai été sous l'emprise d'un fou, passionné, posséssif. Je l'ai aimé un temps, puis quand de trop de passion il a commencé à être violent j'ai voulu m'en séparer. C'est là que ça s'est compliqué, je me suis retrouvée enfermée pendant plus de six mois, attachée à un radiateur ou au lit quand il allait travailler, il essayait de me formater et de me faire accepter la situation, mais je subissais ses ardeurs et violences jours et nuits. J'ai crié à en perdre la voix, j'ai appelé à l'aide, je me suis battue tout ce que j'ai pu, quand il me violentait et m'époumonais de plus belle quand il n'était pas là, je voulais que l'on me sorte de cet endroit... mais jamais un des voisins n'a fait quoi que ce soit. Je les entendais pourtant au son de ma voix arrêter de faire la vaisselle ou de se déplacer, monter le son de la télé pour ne pas m'entendre et feindre. Leur silence, leur indifférence me faisait mal, me rendait folle, je leur criais tout ce qu'il me faisait pour qu'ils réagissent puis un jour j'ai arrêté de crié, du moins quand il n'était pas là, leur silence me faisait mal et ça ne changeait rien ..

Au final je suis sortie de ce cauchemar et au jour d'aujourd'hui je vais bien, mais le silence et l'indifférence me font toujours penser à ces voisins, qui ont préféré faire la sourde oreille, se taire, et se mentir à eux mêmes. Je ne sais pas si eux, avec le temps, ils se rappellent encore de moi et de mes cris.

Lucie    20 mai 2015    Toulouse   

Ça faisait des années que je me posais des questions sur mes penchants homosexuels. Et pas seulement parce que j'avais les cheveux longs, hein. Même si... ça a sans doute joué. Bon, on va reprendre du début.

Après quelques mois de CP, je suis directement arrivé au CE1. Je savais déjà lire, compter... En fait, j'étais même pas mal en avance. Je ne tire pas vraiment la couverture à moi, disons plutôt que je m'inspirerai de l'éducation de mes parents le jour où je procréerai. Ça a été le début de longues années de martyre. Les autres garçons de l'école ne supportaient, ni que je sois "meilleur qu'eux", ni que j'ai les cheveux plus longs qu'eux (oui, déjà, à l'époque), ni que je préfère lire pendant les récrés que jouer au foot. Certains d'entre eux m'attrapaient par le col et me traînaient le long de la cour de récré, souvent en me traitant de pédé, et personne ne disait rien. Ils me laissaient tous crever à petit feu, les deux ou trois qui me violentaient, mais surtout les cent, deux cents qui ne disaient rien.

C'est peut-être pour ça qu'arrivé au collège, j'étais devenu farouchement misanthrope. C'était aussi, peut-être, une façon de me protéger, car après tout, seuls ceux qui nous aiment peuvent nous faire du mal, pas vrai ? Pas vrai ? (Non, pas vraiment, mais tu as raison, petit, protège-toi comme tu peux.) La décision de me laisser pousser les cheveux est venue toute seule : le crâne rasé, que j'ai eu une fois, et pas pour les meilleures raisons, me dérangeait totalement ; les hommes que je voyais exhiber leurs chevelures impressionnantes, particulièrement les chanteurs de certains groupes que j'adulais alors, étaient superbes (c'était un jugement d'esthète plus qu'autre chose... je suppose...) ; et les opinions des autres, bien que m'atteignant encore un peu, ne m'empêcheraient pas de le faire. Au contraire, si mes choix capillaires et autres pouvaient me démarquer de ce tas de cons, alors tant mieux.

Au lycée, je commençai donc à me muter en metalleux stéréotypique : les cheveux poussaient, les rangers et la veste en cuir remplaçaient les baskets et les pulls. Je me mangeais encore quelques "pédale" ou "tarlouze" dans la gueule, mais on passait outre, hein. Je ne répondais pas, parce que j'avais peur de me faire frapper et d'être incapable de réagir. Je me taisais. Douloureusement.

Ma vie sentimentale était inexistante, et ma vie sexuelle débordante. Dans l'obscurité de ma chambre d'ados, je rêvais de partouzes opulentes et de perversités à l'eau de rose, et malgré ma créativité parfois bridée par les images des pines (al) de la pornographie, c'était l'Alex d'Orange Mécanique qui déroulait ses films dans ma tête. C'était à la fois plaisant et... je sais pas, glauque ? Je devais avoir un problème. En plus, je n'étais pas toujours le seul homme impliqué dans ces fantaisies : double problème. Je réalisai même vite que mon plaisir était encore différent lorsque je m'insérai quelque chose dans le rectum. Des pratiques honteuses, vouées à rester cachées du vrai monde, celui des gens normaux aux plaisirs orthodoxes et aux pratiques saines. L'homosexualité, c'était les insultes, pédé, tarlouze, bouffeur de bites. C'était le mal. Je ne savais pas ce qu'était la prostate, et même lorsque je le découvris, un peu plus tard, je doutais qu'il fût moral de se la chatouiller en passant "par là". Peut-être était-ce moi le dégénéré. Le psychopathe, l'individu à la moralité déconstruite.

Quelques années plus tard. J'ai eu quelques copines, avec qui ça s'est plus ou moins bien passé, mais dont j'ai été follement amoureux. Les pratiques sexuelles hétérosexuelles me satisfont pleinement. Je prends même un pied fou à faire l'amour, le cunni est une de mes passions, j'aime entendre l'aimée gémir, la sentir se mouvoir, ses muscles se contractant indépendamment de sa volonté quand monte en elle le plaisir que je lui offre sur un plateau. Et pourtant, là, au fond de moi, une voix me dit encore et toujours que je passe à côté de quelque chose. Est-ce qu'à force de me faire traiter de pédé, j'ai fini par y croire ? Ou est-ce que j'ai toujours eu cette envie en moi ? Parmi mes amis, les premiers que j'ai, que j'adore, qui font preuve de réflexion, d'esprit critique et (surtout) de tolérance, le sujet de la bisexualité latente n'est pas abordée. Nous sommes tous hétéros pur jus. Les homos, ils sont... à part. On n'a rien contre eux, hein, mais ils sont à part. L'un de ces amis, un soir de grande ivresse, viendra nous raconter l'histoire d'un homme sur qui il a pratiqué une fellation. Dès le lendemain matin, il niera les faits, jurant qu'il avait juste envie de faire sa petite pièce de théâtre. Il continuera de nier en bloc.

Un soir, je retrouve un ami pour boire "un petit verre" avec lui. Nous buvons bien plus que cela, puis rentrons chez mes parents, où nous cherchons à concevoir le cocktail le plus radical possible à partir des alcools que mes parents ont dans leurs placards. Nos discussions sont personnelles, réfléchies, ouvertes. Et puis, fatigués et ivre-morts, nous entreprenons d'aller nous coucher. Le désir caché, soudain, me prend. Je me penche vers lui, commence à le caresser, puis je défais sa braguette, baisse son caleçon et commence à le sucer, sans rien dire.

Au bout de 30 secondes, il échappe à mon emprise buccale et se lève, comme en sursaut, pour aller vomir.

Le lendemain, je me réveille avec une gueule de bois monstrueuse, et des souvenirs globalement flous de cette soirée... sauf des 30 secondes où le pénis d'un autre homme a été dans ma bouche. Je suis seul dans le lit, avec mon caleçon baissé. La honte m'envahit, d'autant plus que la réaction "toute en nuance" de mon ami me fait me sentir coupable de viol. La bête est remontée, celle qui est née du silence. Je me rhabille, me lève, et me dirige vers la table de petit déjeuner, où mon ami est installé, en train de boire un café avec mes parents. Impossible d'aller le voir directement, de lui parler de ce qui s'est passé, de lui présenter mes excuses. Obligé de me taire. Obligé de reprendre des discussions ordinaires, tandis que la culpabilité me dévore de l'intérieur.

Il m'avouera, plus tard, qu'il avait envie de faire l'expérience de toute façon, et qu'il ne m'en veut pour rien. Ce n'est pas pour ça que je parle de cette expérience avec mes proches, même mes très proches. Ça reste "notre petit secret", parce qu'au fond de nous, nous y trouvons toujours quelque chose de plus ou moins honteux ? Non, je ne pense pas. Surtout parce que nous avons peur du regard des autres. L'expérience homosexuelle, c'est le truc que tout le monde a fait mais que personne ne reconnaîtra avoir fait. Et ça me ferait mal au cul d'être humilié en public par des gens qui ont probablement déjà vécu des choses similaires.

N'empêche, ça aurait pu se passer différemment. Si j'avais eu des gens avec qui en parler, qui auraient pu m'expliquer que ce n'est pas anormal d'avoir ces désirs, tout aurait pu être beaucoup plus sain. Notre société du silence nous rend malsains. Parlez, et le monde entier est libéré.

---    17 mai 2015   

J'ai toujours été étrangement scindé. Scission corps-esprit, différenciation de la chair et du reste- et la chair, j'ai fais mon possible pour l'oublier en avançant dans mon adolescence, cette mauvaise blague. Le reste, c'était tout l'important, alors j'ai fais mon possible pour oublier mon corps, en cessant de l'écouter, en refusant de le comprendre. Je n'aimais pas ce que j'étais. Petit, faible, chétif, un garçon qui ne voulait pas faire de sport, surtout pas en équipe, où je sentais peser le jugement collectif. Je ne savais pas rattraper de ballon, faute à mes problèmes de repère dans l'espace. Je ne voulais pas apprendre à me battre. J'ai toujours sentis la déception muette de mon père, qui exprimait parfois fugacement son envie de me voir faire du sport ; je n'ai jamais été un mâle alpha, un "vrai garçon". J'étais juste un enfant discret, frêle et hypersensible, paradoxalement terriblement têtu, et c'est une des choses qui m'a sauvé. L’orgueil et le refus de se taire m'ont été d'une grande aide, toujours, même si les gens de mon âge et les adultes qui m'entouraient n'aimaient pas entendre quelqu'un s'exprimer. C'est mal de faire du bruit, n'est-ce pas... ? Mais je n'ai jamais cessé de faire front, quitte à m'attirer des ennuis.
En vrac.
Quand j'étais très jeune, je complimentais les femmes, j'étais éblouis par leur beauté et par leur grâce. Mais déjà en primaire, je regardais les hommes d'un œil différent. A la télévision, je guettais les torses nus, dans la rue, je dévorais des yeux certains hommes, et la nuit, dans mon lit, je repensais à tout ça. Je me mettais à leur place, parfois. Je ne comprenais pas ce que je faisais, mais j'ai passé mon enfance à m'inventer des histoires en tout genre, et j'ai vécu dans un monde plus imaginaire que réel jusqu'en sixième. C'étaient des fantasmes comme les autres, tout simplement. Ou en tout cas, c'est ce que j'essayais de me faire croire. Je me souviens simplement que je l'ai toujours su, en refusant de le dire à voix haute, ou de le penser en moi même : j'étais gay. Je me le suis caché avec brio, bien entendu. D'abord, en refusant de grandir, en voulant me cloîtrer dans une candeur forcée qui devait me préserver du monde des adultes ; des remparts que le collège s'est chargé de faire tomber à grands fracas. La sixième et la cinquième n'ont pas été très roses, j'ai même changé d'établissement ; sur fond de problèmes familiaux dont je pensais être la cause, avec des notes en chute libre qui ont mené mes parents à ajouter leur angoisse à ma propre souffrance.
Je me souviens avoir regardé ma première vidéo porno' en sixième, bien entendu parce-que tout le monde en parlait. J'avais déjà commencé à me masturber depuis quelques mois, sans comprendre ce que je faisais, ni pourquoi j'en avais envie ; j'appelais ça "invoquer le feu d'artifice", parce-que c'était ce que la sensation m'évoquait. C'est en regardant cette première vidéo que j'ai commencé à développer un deuxième mécanisme pour me cacher mon homosexualité. J'ai appris à fantasmer sur des couples hétérosexuels, à regarder un homme et une femme faire l'amour, et à trouver ça excitant. Dans mon esprit, j'ai trouvé une parade des plus bizarre pour éviter de faire face à mon homosexualité : je prenais inconsciemment le rôle de la femme, que ce soit en fantasme ou en regardant des vidéos. Je refusais de remarquer que, quand je regardais du porno, j'orientais mes choix en fonction de l'acteur, et non de sa compagne. Du reste, je n'ai jamais eu un grand intérêt pour la pornographie, puisque j'avais déjà les ressources de mon imagination... Mais c'était occasionnellement un moyen de me rassurer. Je n'étais pas gay, puisque je regardais du porno hétéro. Non ? Non.
J'ai eu la chance de faire du théâtre assez jeune, dés neuf ou dix ans. C'était un bon moyen de s'exprimer, de hurler, de dépenser de l'énergie. Souvent, je me travestissais, ou j'adoptais des rôles efféminés, pour faire rire autrui, ou bien de malade mental, pour leur faire peur. ( Méthode que j'ai finalement choisis pour faire face au monde en général. ) Je me souviens qu'on m'a toujours demandé si j'étais gay, en raison de ces comportements, et je répondais ostensiblement "non". Je refusais d'évoquer la sexualité, je refusais d'admettre que j'en avais une, et je feignais farouchement une innocence enfantine. Et je refusais également d'être gay "parce-que les autres le disent", je refusais d'être gay parce-que "j'ai l'air de l'être" ou parce-que je ne correspondais pas à l'image standard du garçon. Il en a été ainsi durant tout le collège, et beaucoup de gens ont su, avant moi, que j'étais en réalité homosexuel ; certes en se basant sur des stéréotypes, mais je les affirmais moi même à demi mots, probablement pour laisser entrevoir une vérité inconsciente. Laisser filtrer, à l'occasion, ce que j'étais vraiment.
Bref, mon adolescence a été un bel exemple de refoulement général. Refoulement de la vie, pour supporter la solitude ( que je m'imposais en partie seul, en refusant de faire semblant pour m'intégrer, de baisser la tête ou de me taire ), adopter un masque d'indifférence et de froideur, laisser es insultes ricocher avec un regard de mépris et un petit sourire sarcastique. Utiliser mon empathie pour apprendre où taper afin de leur faire mal, répondre à leur insultes par des moqueries bien orientées, bref, je me suis endurcis, et j'ai totalement coupé le contact avec le monde réel et avec mon corps. J'ai appris à le redécouvrir au lycée.
Là, j'ai commencé à regarder les gens autour de moi, à sortir de mon cocon. J'ai redécouvert la date de Noël durant mon année de première, par exemple, tant j'avais cessé d'observer le monde. ( Par exemple, quand je marchais, je me renfermais totalement pour supporter d'être avec les autres, d'être dans la rue, ou dans des foules ; je devenais insensible, vide, et je cessais d'entendre les gens quand ils m'appelaient. ) J'ai réellement retrouvé le monde, parfois doucement, parfois avec des chocs violents. Quand j'ai constaté que les gens autour de moi changeaient, qu'ils étaient différenciés, garçon-filles, j'ai commencé à ressentir un malaise réel envers moi même. J'étais toujours petit et frêle, je me sentais en retard, vaguement informe, sale. Les garçons autour de moi étaient grands, musclés, je regardais désespérément leurs joues vaguement barbues, leurs membres forts et vigoureux. Ils avaient des épaules larges, leur silhouette était masculine. Je les enviais, et j'ai commencé à accepter que je les désirais, aussi. Alors j'ai commencé à dire et à penser que j'étais bisexuel, c'était une concession, une demi-vérité au moins. Pendant ce temps, je refusais de me raser, parce-que le premier coup de rasoir serait un acte symbolique, un pas de plus vers le monde des adultes. Je complexais terriblement de mon corps, je le trouvais laid, larvaire, honteux. J'ai fais mon chemin comme ça jusqu'à cette année, avec des révélations successives, un malaise grandissant, des doutes ; j'ai eu l'impression d'exploser encore et encore, un chaos d'émotions me secouait sporadiquement.
Je suis tombé amoureux d'une fille que je n'avais jamais vu. Je la connaissais via Internet, car depuis la sixième, une des choses qui m'a sauvé et m'a empêché de me renfermer totalement sur moi même, était l'écriture. Je l'ai aimé sincèrement, sans jamais savoir à quoi elle ressemblait. C'était un amour purement platonique, qui a rendu ma sexualité encore plus floue. Mais cet amour est passé, il a laissé place à un autre. Une autre fille, avec laquelle j'ai eu une relation compliquée et intense, durant mon année de Terminale. C'était une preuve de plus que j'étais bi..... Peut-être. Ou pas. Pour son plus grand malheur, elle a été ma première et dernière petite amie réelle. Nos sentiments étaient partagés , et je l'ai rencontré plusieurs fois, face à face. Et au fil que notre amitié se transformait, puis que notre relation évoluait, je suis devenu de plus en plus incapable de la toucher. Le contact avec elle devenait insupportable, j'étais remplis de rage muette, de dégoût, une fureur animale qui me crispait totalement, de la tête aux pieds. Une fois, elle m'a pris la main et j'ai fais une crise d'angoisse. Je ne supportais pas qu'elle me serre dans ses bras, alors que quand nous n'étions qu'amis, je n'avais pas de problème à nouer une étreinte. Inutile de préciser que cette situation nous a fait du mal à tous les deux, et que notre relation amoureuse a touché à son terme, en même temps que je passais mon BAC. J'étais épuisé, déprimé, totalement vidé, l'année avait été infernale moralement. Quand cette relation a pris fin, j'ai plongé encore plus. Elle était vouée à l'échec, bien sûr, parce-que j'étais gay, mais je ne réussissais toujours pas à l’accepter. J'avais commencé à tâtonner avec elle, avec des questions, des recherches sur le sujet "pourquoi je t'aime sans ressentir de désir envers toi ?", "Est-ce que c'est possible, est-ce que je suis une anomalie ?", "Peut-être que je suis gay ? Non. Non, c'est impossible, je t'aime, et je suis tombé amoureux d'une autre fille, avant toi, je ne peux pas être gay", puis, au fil des mois, en septembre ou octobre 2014, après des vacances d'été qui n'ont consisté qu'en une longue descente aux enfers que j'avais entamé depuis très longtemps déjà, je me suis enfin avoué ce que j'ai toujours su depuis mes six ans, quand je regardais déjà les hommes torses nus à la télé, quand je guettais les hommes à la dérobade, avec une certaine fébrilité, que je rêvais de leur corps, en m'excusant sous le prétexte que ce n'était que de la jalousie, et non du désir : j'étais gay. Je suis gay.
Pour cette "révélation", je dois remercier un beau jeune homme qui avait choisis de faire bronzette sur une pelouse de la cité universitaire de Paris, tandis que je mangeais un sandwich aux tomates. Ce jour là, j'étais vide de toute émotion, morne et détaché de mon existence. Quand je me suis rendu compte que je fixais ce corps lointain couché sur l'herbe, ce corps tout simplement masculin, tout bêtement viril, et que ça me faisait indéniablement un effet de tous les diables, j'ai enfin accepté l'évidence, avec beaucoup de douceur. J'ai mis une semaine avant de comprendre réellement ce que ça signifiait, et j'en ai parlé de suite à ma meilleure amie, elle même lesbienne. Bien entendu, elle n'a pas été surpris ; la seule personne a l'avoir été, en réalité, fut ma mère. Je lui ai annoncé pendant qu'elle conduisait... Bon dieu, quel sale gosse je fais.
Depuis, même si tout n'est pas rose et que je n'ai pas finis de combattre avec moi même, mon corps et tout le barda, j'avance à mon rythme. Plus de dépression, plus d'envies suicidaires. Parfois, le dégoût viscéral de moi même revient me hanter, j'ai encore un peu de mal à assumer toutes les facettes de mon homosexualité ; mais ça vient, je sais que tout ça se fait doucement. Je me suis pressé pendant un an pour avoir une réponse, quitte à me détruire pour ça. Maintenant, je sais qu'il faut laisser faire les choses, accepter que les réponses ne sont pas immédiates. J'ai encore du chemin à parcourir, et il faut que j'accepte de me laisser le temps de le faire. J'ai toujours ce sentiment cuisant d'être un homme de seconde zone, la sensation vrillante et humiliante que je ne suis pas "virile". J'ai beau savoir que c'est stupide, cette souffrance là ne passe pas encore. Mais j'ai conscience qu'elle va se résoudre un jour, je sais presque quelles étapes je vais devoir traverser pour prendre confiance en moi, accepter pleinement ce que je suis, et cesser de complexer sur mon apparence, ou me détester de ne pas correspondre à l'image qu'on se fait de la masculinité. C'est juste une question de temps. Du temps que je dois m'accorder. C'est aussi une question de dialogue, car m'exprimer m'a beaucoup aider. Ecrire pour mieux comprendre, parler avec mes proches, mes amis, des inconnus...
Si vous avez le courage de lire tout ça, retenez en une seule chose : accordez vous du temps, et surtout, exprimez vous. En écrivant, en chantant, en dessinant, en parlant, peu importe ! Exprimez vous, et laissez vous le temps de changer, de vous accepter, de comprendre. C'est laborieux, mais ce n'est pas impossible. Avancez à votre rythme, chacun a le sien propre, personne n'a à vous en imposer un.
Et laissez vous vivre en paix. Bonne chance à tous, et n'oubliez pas de ne surtout pas vous taire :P.

Nap    23 mai 2015   

Je n'ai pas grand chose à raconter ici. Je ne suis sûrement pas à même de parler, d'ailleurs, je veux dire je n'ai rien de spécial à raconter. Je veux juste mettre ma pierre à l'édifice. Montrer au silence qu'on est capable de lui arracher la gueule. Montrer à tous ceux qui ont mal, qui ont peur, qui sont encore enfermés qu'on peut s'en sortir. J'ai fait une dépression, j'ai toujours peur de mourir, d'ailleurs. J'aime pas les gens ; peut-être bien que je suis autiste, les tests n'ont pas encore été faits. Mais ça, ça ne se dit pas, ou alors pas à ceux à qui on voudrait. Peut-être que c'est grâce à ça que je pourrai briser le silence. J'suis juste une pansexuelle plus ou moins normale. Ah, mais je suis autiste. Autiste Asperger, autiste de haut niveau, certainement surdouée en plus de tout ça. Tout ça on ne le dit pas. Parce qu'on a peur d'être différent. N'ayez pas peur d'être différents. Soyez juste vous mêmes. Sachez, si cela peut vous aider, sache, toi devant ton écran, que si ça peut t'aider, moi je t'aime. Trans, hétéro, bi, cis, homo, peu m'importe. Si tu as besoin de te raccrocher à quelque chose, souviens toi que moi je t'aime.

Timmy    17 mai 2015   

Vous pouvez m'appeler Shiirei. J'ai 14 ans et mon histoire est bien risible par rapport aux vôtres, mais je vais quand même vous en faire part.
Je crois qu'elle a commencé aux alentours de mes 6 ans lorsque mon père s'est mis à me battre. Mais avant, je trouvais ça normal, je me disais que s'il le faisait, c'est que je l'avais mérité. Alors je me laissais faire, je me taisais et obéissais. Mes parents vivaient, et même encore maintenant, séparément. Alors quand je rentrais, je ne disais rien à ma mère, de toute façon, elle n'y faisait pas attention. Oui, là aussi, je pensais que son ignorance envers moi était de ma faute. Les années passaient et j'ai toujours eu envie de vouloir changer les choses avec ma famille. Mais je me disais toujours que je n'avais pas le droit de les changer, car, après tout, pour une raison qui m'échappait, c'était de ma faute, je l'avais mérité. Alors, je ne disais rien et je me renfermais de plus en plus sur moi-même. Et puis, je me suis dit qu'il fallait que je répare ma faute. Donc, pour qu'ils s'intéressent à moi, j'ai commencé à tout faire pour devenir une fille dont ils seraient fièrs. Mais peu importe ce que je faisais, rien ne marchait. Je commençais à jalouser mes ami(e)s, qui étaient si heureux, tout comme je commençais à me détester pour ça. Alors j'ai demandé directement à ma mère et la vérité m'a brisée.Tout ce temps où j'ai essayé de me faire aimer était inutile car je n'étais pas voulue, car je n'étais qu'un préservatif qui a craqué. J'ai perdu mon estime et ma confiance en moi, ainsi que l'envie de me battre. J'ai aussi arrêté de me donner à fond pour l'école. J'ai commencé à porter un masque. J'étais devenue l'incarnation de mes mensonges. J'ai commencé à haïr mon père. Si je n'étais pas voulue, m'as-tu reconnue en tant que ta fille juste pour me battre ? Me détestais-tu à ce point ? Et puis un jour, vers la moitié de mon année de CM2, tu es rentré saoul et m'as laissé cette cicatrice qui ne veut pas partir, qui, à chaque fois que je la vois, me rappelle tout ce que j'ai subi. Et puis j'ai essayé de me suicider en avalant divers médicaments que j'avais mélangés à de l'eau, mais ça n'a pas marché, je me suis juste retrouvée à l'hôpital avec un traitement à prendre. Et je l'ai rencontrée. Dans la même chambre que moi, pour la même raison, mais avec une histoire différente. Elle m'avait aidé à remonter la pente. Je me confiais à elle et elle faisait de même. J'allais mieux, même si je n'oubliais pas, j'aillais mieux car je n'étais plus seule. Mais, un jour, elle a été renversée devant mes yeux, sans que je n'aie rien pu faire. Résultat, elle a failli perdre l'usage de ses jambes. Je m'en suis toujours voulu, même maintenant. Malgré le fait que tu m'as pardonné, moi, je n'arrive pas à le faire. J'ai commencé à m’éloigner des gens, à les éviter, de peur qu'il se produise la même chose. Quant à mon père, je ne l'ai pas revu depuis ma tentative de suicide, mais j'ai décidé de le revoir à cause de mon demi-petit frère que j'avais là-bas pour l'aider à ne pas se pourrir la vie comme moi, même si je dois prendre le risque de me faire battre à nouveau. Et Elle a déménagé et ce cercle vicieux à recommencé. Et puis, en 4ème, je t'ai rencontré toi, tu es devenue presque aussi importante qu'Elle et je te remercie, tu m'as beaucoup aidé. Tu m'es devenue précieuse. Mais j'ai peur de me rapprocher de toi, malgré le fait que je le veux. J'ai toujours le pressentiment que si je tentais de me rapprocher davantage, ça m'échapperait à nouveau…
Malgré tout, je veux aller de l'avant. Vais-je pouvoir le faire ? Même si la peur me paralyse, même si je ne sais plus où j'en suis, je veux le faire, sans regret, ni honte.
Si vous voulez me parler: Shiirei@outlook.fr

Shiirei    22 août 2015    Vincennes   

Je viens d'apprendre que Pouhiou arrêtait les vidéos. Ça a été choc.
Je ne regarde pas particulièrement ses vidéos, j'en avais regardé une il y a maintenant un an. Ce n'était pas un contenu qui me plaisait. La première fois que j'ai vu une de ces vidéos, c'était parce que Dany Caligula en avait parlé, peut-être à la fin d'un Doxa. Et la fois où je suis tombée sur celle du silence tue c'est quand j'ai fait ma première visite sur le forum de Solitude(s). Mon frère a longtemps fréquenté ce forum alors j'avais voulu voir ce que c'était vraiment, les vagues explications données ne me satisfaisant pas vraiment. Au final, je n'ai jamais vraiment vu ce forum parce que mon regard s'est arrêté sur la vidéo présente sur la page d'accueil. Quelque chose en moi a été bouleversé. Quelqu'un à travers dans mon écran brisait le silence. Le silence que je hais. Le silence qui me rassure. Le silence qui m'effraie. Le silence que quelque part j'aime. Le silence, mon compagnon de toujours. Quand j'ai vu la vidéo la première fois, quelque chose m'est resté dans la gorge. Quand je l'ai vu la deuxième fois, j'avais les larmes aux yeux. Et puis il y a eu toutes ces autres fois.
Je viens de revoir la vidéo. Je ne sais pas combien de temps cela fait depuis la fois d'avant. Longtemps, c'est sûr. Il y a à peine 10 minutes, quand je l'ai revu, l'air est devenu suffocant. J'ai l'impression que tout ce que je gardais en moi veut sortir en une explosion grandiose.

"Elle", les cours qui touchent à leur fin, les idées suicidaires, le temps qui s'est arrêté et qui ne veut pas se remettre en marche, les profs fatigués qui ne savent même plus pourquoi ils font ce métier, mon obsession sur la pensée que le temps s'est arrêté à 4h 44 du matin, mes interminables excuses, "l'Autre", ses cheveux bien trop verts toujours dans mon champ de vision, Len, son hospitalisation, mon absence de féminité, les mails qui s'entassent dans ma boite de reception sans que j'ai la force d'y répondre, mes questions bizarres sur l'épilation, la honte du corps, la honte de la masturbation, les complexes qui en découlent, cette discussion avec un gars "Est-ce que tu te doigtes ? -Non et est-ce que moi je te demande si toi tu te branles tous les soirs sur du porno ? -Bah ouais", je n'avais pas menti ce jour là, je ne me doigte pas. Le sentiment d'injustice, mon absence d'attirance physique pour les gens que j'aime, ma laideur aussi bien extérieure qu'intérieure, ma condamnation à l'amour platonique, l'amour de l'esprit hein ? Amour merdique, oui. Ma condamnation à ne tomber amoureuse que de gens inaccessibles, à souffrir dans mes relations avec les gens, à me considérer avec dégoût, à avoir cette voix qui me souffle que je ne vaux rien, à acquiescer sans mot dire. Ma recherche frénétique de l'attention de mon père et de mon frère, mes incessants essais à essayer de me rapprocher d'eux, trouver des sujets de discussion avec mon père, retrouver un peu du lien que j'avais avec mon frère avant sa dépression. Ma peur panique de l'oubli, oui, la haine envers ma mémoire déficiente qui me fait sentir comme incomplète. Les annonces qui me bouleversent, le départ de Yann Barthès du petit journal, la mort de Cléo la chatte de Durendal. Des gens que je ne connais pas. Mon cousin qui est né vendredi, l'album transit of venus de Three Days Grace qui passe dans mon casque actuellement et la voix du chanteur qui transperce mon âme , tous les personnages que j'ai créés qui s'agitent dans ma tête. Lisa, "lui", Stéphanie, Ezio, Alex, Em, Alicia et "je". La dernière chose que j'ai écrit qui m'a tellement bouleversé. Et puis les coups de gifles que me donnent les relectures de mes écrits. Et puis il y a aussi lui. Pourquoi je repense à lui ? J'aurais dû oublié, cela fait 3 mois ! Lui qui m'a tant malmené, celui qui m'a laissé en stade de décomposition avancé, lui qui m'a fait douté des rares choses auxquelles je croyais, lui qui m'a si profondément blessé, lui et son orgueil, lui et ses mensonges, son pédantisme, sa lâcheté, son immaturité, son arrogance, sa connerie avancée, lui qui m'a donné des préjugés, lui qui est la cause de ma haine des végans, je ne pourrais plus jamais me lier d'amitié avec l'un d'entre eux, ils sont pourris. Lui dont je suis tombée éperdument amoureuse sans même avoir vu son visage. Lui que je n'arrive pas oublier. Et même si je refuse de l'accepter, sans lui je me sens tellement seule, comme s'il manquait un morceau de mon coeur. Lui, ou du moins son souvenir qui fait que je recommence à pleurer en pensant à lui chaque soir. Lui en qui j'avais placé mes espoirs, mes rêves. Eux que je continue d'écrire dans l'espoir d'être transporté dans mon monde où ils deviendraient enfin réalité.

Lui que j'ai rencontré ici, grâce à ce site.

•micio@outlook.fr

Orchidée, Je te comprends.

Kanata    17 mai 2016    Dans un monde parallèle que j'ai créé de toute pièce   

Je vais bientôt avoir 23 ans et autant d'années de célibat. Il y a pourtant des hommes qui me tournent autour mais à chaque fois que quelqu'un devient trop proche de moi je me met à paniquer ( stress, mal de ventre etc..). La cause de tout ça sont sûrement mes parents ils se sont séparés quand j'avais 6 ans et c'est à partir de là que j'ai vu mon père tel qu'il était vraiment: un monstre manipulateur, menteur. A chaque foi que l'on sortait avec ma mère il y avait des chances pour qu'il nous suive en voiture, quand il venait nous chercher à l'école et que ma mère était là les insultes pleuvaient, bref c'était du stress 24h/24H. De plus en CP notre prof à moi et ma sœur nous avait prises en grippes, surtout ma sœur qui a passée la majorité de ses récrés enfermée à faire des punitions, on ne devait pas dire quand des élèves copiaient sur nous parce que c'était mal de dénoncer, il ne fallait pas colorier en rose parce que le stylo rouge de la prof ne se verrait pas... De plus mon père a tenté de nous enlever à deux reprises. Depuis cette époque je n'ai aucune confiance envers les adultes et je répugne à en devenir une, je me suis renfermée sur moi même, a 7 ans je voulais déjà mourir. Pendant toute ces années ma mère a dressée un portrait peu glorieux de mon père et lui ne me dira jamais "je t'aime" ou "je suis fière de toi" et n'a pas beaucoup de geste tendre. Le seul homme qui ait joué le rôle de mon père était mon grand père maternel mort en juillet dernier, mes grands-parents paternels nous considèrent moi et mes sœurs comme la cinquième roue du carrosse, pendant des années sous étions des bonnes à rien et des faignantes et en ce moment ils sont dans une phase où ils nous aiment bien, où on existes. Maintenant mes sœurs ont leur copains, moi je reste seule avec ma peur et j'essaie de faire bonne figure en cachant toujours à ma famille les idées noires qui me viennent de temps en temps encore. Ma mère ne s'est jamais remariée et les homme pour elle sont rare car elle a peur elle aussi. Comment avoir confiance envers les hommes et s'autoriser à aimer?

claire    19 mai 2015    Strasbourg   

Etant de la vieille garde (flirtant avec une crise de la quarantaine qui a achevé de tuer mes fantasmes de retour à la fac en tant qu'étudiant parmi les autres, jeune parmi les jeunes, mais c'est une autre histoire), j'ai connu les moments de gène des premiers émois érotiques devant la Playmate du Samedi Soir chez Colaro, au moment du repas, sous les yeux de parents ni coincés ni particulièrement à l'aise avec la chose (ayant chacun leur bagage de traumas que l'ouverture du dialogue adulte entre eux et moi m'aura permis de comprendre bien plus tard).
Mais surtout, j'ai connu le porno à une époque où celui-ci n'était pas banalisé, voire tout le contraire, et à un âge qui mettrait à mal même le jeune contemporain.
J'avais autour de six ans, huit tout au plus. Le grand frère de ma voisine, un "grand" de 13 ans, enregistrait en cachette les films du samedi soir.
Un jour où ce dernier avait oublié la cassette dans le magnétoscope, la voisine et moi, en l'absence des parents, avons découvert ce que faisaient les grands.
J'ai ainsi connu mon premier orgasme à sec (les rêves "humides" ne vinrent que plus tard, et sont restés ponctuels avant mon adolescence) en reproduisant ce qui nous était montré à l'image, grâce à une maladroite fellation et un frottage entre les fesses de la voisine, ne comprenant pas la mécanique de la pénétration.
La voisine s'est lassée avant moi, et je suis resté dans le salon à regarder le film jusqu'au bout, une fois nos ébats prépubères arrivés à leur terme et que ma comparse m'ait aidé à fermer le bouton de mon pantalon, étant incapable de le faire moi-même.

Et c'est au générique de fin que tout bascula dans l'horreur. Car au cours du film, aucun orgasme ne vint troubler l'excitation et la possibilité d'identification avec ces situations certes surréalistes mais en même temps infantilisées, les fantasmes de regarder sous la jupe des filles, de se frotter, de jouer à un touche-pipi autrement plus frontal, mais néanmoins pas éloigné des élans de découvertes des enfants entre eux.

Par contre, ce générique final était une compilation de TOUS les orgasmes du film, éjaculations massives de sperme épais et opaque sur diverses parties du corps, toutes mises bout à bout.
Encore aujourd'hui, au risque de paraître ridicule, j'ai un écoeurement des produits laitiers, de ma crème anglaise en particulier, et pendant des années, même après la puberté, le trauma, si bénin soit-il, déclenchait des haut-le-coeur devant la crème anglaise, voire des vomissements si je tentais audacieusement de goûter au plat.

Les "grands" m'ont parlé de "jute", et je trouvais le mot écoeurant, mais ils ont refusé de m'en dire plus, ce qui fait qu'au bout d'une série de jours de malaise, j'ai fini par demander à ma mère ce que c'était que la jute.
J'ai eu droit à La Discussion, au final très honnête et sans trop de pudeur, mais impossible de réconcilier les dessins de spermatozoides flottant dans cette mer interne représentées dans le livre d'éducation sexuelle avec ce liquide opaque, brutal, qui sortait d'un endroit dédié au pipi et au tripotage. Impossible de réconcilier les caresses suggérées de l'acte de reproduction, toute cette mécanique amoureuse et les coups de butoir du film.

Si aujourd'hui, tout ça doit paraître carrément désuet à un Fils du Présent baignant en pleine culture de l'image, de l'accès permanent, encore une fois, je le répète, l'impact des images qui passerait aujourd'hui pour anodines était violent, et a évidemment été très mal vécu car inscrit dans un contexte où le vent de liberté post soixantehuitarde se tarissait doucement, et où apparaissait cette dichotomie entre une image de plus en plus libre, un accès à l'information couplé à un jeu de rediffusions télévisuelles qui préfiguraient, un pas après l'autre, l'apparition de l'immédiateté de l'image, et l'absence totale de contrôle sur celle-ci, d'éducation à celle-ci, dystopie Debordienne par excellence.

Mes parents concernés en firent les frais, n'imaginant pas qu'un gosse de moins de 10 ans puisse tomber par erreur, animé par la simple curiosité propre à son âge, sur des images qui pourraient le traumatiser, si léger ce trauma soit-il.

toma    18 mai 2015    Ars sur Moselle   

#CulPouhiou : des chroniques vidéo où l'on parle sexe, corps et sexualités sans fard ni jugements.

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