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17 mai 2015

Journée mondiale de lutte contre l'homophobie, la lesbophobie, la biphobie, la transphobie
Nos silences sont déjà un jugement

Pour ne plus que le silence tue, ce site vous propose de libérer la parole

Témoignez ici de moments où le silence fut lourd, pesant, mortifère...

... Ou profitez-en pour dire ce que vous aimez, êtes et vivez, pour dire ce que l'on ne dit jamais, ce que vous aimeriez entendre plus souvent autour de vous.

Briser le silence

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Vos témoignages

Briser le silence

J'ai eu des doutes ou questionnements sur mon orientation depuis mon entrée en classe de Terminale (2003-2004). Je me demandais si le fait d'aimer regarder des camarades de mon lycée était simplement du à de l'admiration (comme si ils étaient des modèles) ou simplement parce que je les trouvais beaux. J'ai eu d'autres indices qui m'ont poussé à me demander si j'étais homo ou non : une mémoire sélective envers les hommes (= plus efficace que celle concernant les femmes), une certaines gêne avec les filles, le fait que j'aimais regarder (discrètement) un homme, un certain attrait pour le film « Star Wars II » à cause de son acteur-vedette (Hayden Christensen)…

J'étais également troublé d'avoir de tel pensées, être différent (mais vraiment pas au sens singulier ou original), que pendant un temps je me suis dis "Tu es peut-être bisexuel, en fait ?", car je voyais la bisexualité comme un moyen de « compenser » la bizarrerie d'être homosexuel (puisque je serais hétéro à la fois).

Mais non, début avril 2006, je me rends à l'évidence, j'arrête de me voiler la face : je suis homosexuel. Des expériences me le confirmeront, c'est bien dans les bras d'un homme que je me sens bien, et les hommes que j'aime regarder. Cela m'a donné un peu de sérénité, même si je devais continuer à le cacher.

...

mathias    18 mai 2015    Mulhouse, Haut-Rhin   

Je m'appelle Giacomo, français et italien, et j'ai vécu une enfance atroce, et malheureusement mon grand frère n'a pas échappé à ce début de vie.

Nous étions dans une école à forte tendance haineuse, raciste, xénophobe, et durant toute notre scolarité nous avons subis des brimades, des coups, des insultes, des crachats et pour mon cas des pierres, parce-que la lapidation c'était comme le foot: un sport d'équipe

Par chance, je pouvais respirer car mon grand frère me protégeait quand il le pouvait, mais à l'âge de 9 ans, il passa au collège et me disait alors : "Giacomo tu vas être seul, ça va être dur, je pourrais plus te défendre"

Toute la frustration qu'avait provoquer mon frère en se défendant s'était répercutée sur moi, et n'arrivant pas à supporter tout ce mal, toute cette violence, je suis devenu boulimique, mythomane, et par chance bègue (vous comprendrez pourquoi). Et le silence m'a tué pendant 10 ans, ainsi que mon frère, nous avons eu un mal énorme, un complexe, une crise d'identité qui nous a renfermés, même si en apparence on ne pouvait pas penser de nous d'avoir connu une période pareil.

D'autres douleurs, traumatismes m'ont affectés, d'autres pierres à l'édifice du poids quasiment infini que je portais depuis toujours en moi, toujours dans le silence. Au total je ne réalisais pas à quel point j'étais triste, en manque d'amour, je rêvais que je donnais et que je recevais, mais ça restait un fantasme pour moi. Entre l'alcool, la bouffe, les apparences superficielles que je prenais pour donner une bonne image de moi, rien n'a arrangé les choses.

Mais par chance, j'étais bègue, et j'ai donc suivi une thérapie pour maitriser ma parole, chose que je connaissais même pas concrètement et intimement. Mon orthophoniste me disait souvent "Vous savez, un moment il faudra parler de ce qu'il y a en dessous de l'iceberg", et un jour j'ai pris mon courage de toute ma force et j'ai tout raconté à mon meilleur ami, sous les pleurs. Puis de retour chez l'orthophoniste, je lui dis que j'ai tout avoué à mon meilleur ami et là alors elle me de dessiner mon iceberg, et à côté un nuage qui pleut faisant agrandir l'iceberg et un soleil le faisant fondre. Nous avons donc réparti ce qui dans ma vie, dans mon quotidien faisait grandir ou fondre l'iceberg, et surtout qu'est-ce qu'il y avait dans l'iceberg, dans la partie sous l'eau, et là je me suis rendu compte qu'il y avait des termes médicaux à mes problèmes :"mythomanie" "boulimie" "crise d'identité" et j'en passe. Je me rendais compte à quel point le silence m'avait massacré. Et en une phrase, l'orthophoniste a fait remonté à la surface toutes ses souffrances, et jamais de ma vie j'ai autant pleuré, autant senti la douleur aussi vive, puissante, ravageuse. Mon cœur vomissait, déféquer, se soulagea enfin de tout. J'étais vidé, mais au moins j'avais parlé, j'avais dit toute ma peine que je gardais.

Et puis j'ai pu enfin prendre ma vie en main, je souriais profondément, vraiment. Parler m'a libéré, et la libertéc'est la base du bonheur, alors parlez pour être heureux, pour être libre !

A vos mouchoirs, vos amis, vos frères et soeurs et parler !

Un homme heureux,

Giacomo

Giacomo    17 mai 2015    Vence   

Comment peut on vivre à l'adolescence ? Je parle de cette vie pleine et véritable dont tout le monde parle autour de moi.
Pour eux, ça a l'air d'une évidence. Mais quoiqu'ils aient vécu, ils ont tout oublié une fois passé l'âge adulte, et ils finissent pas ressortir les mêmes conneries aux plus jeunes du genre: "Profite. À ton âge il faut s'amuser."
Comment peut-on profiter, ou s'amuser à cet âge ?
C'est peut-être dû à mon inimitable manque de confiance en moi, mais je n'arrive pas à ne pas avoir peur.
Je ne vois que mes différences, ma différence surtout d'ailleurs.
J'ai 17 ans et moi aussi, dans quelques années je dirai aux plus jeunes de profiter de leur vie. Est ce que c'est ça finalement l'adolescence ? Un défilé de jeunes qui ne profitent pas, et qui hurlent, une fois le supplice passé, aux nouveaux jeunes de profiter.

Jesuis    3 novembre 2016    Paris   

De retour après un an sans rien dire, je ne vois qu'ici pour dire ce que j'ai à dire. Que ce soit l'expression de ce manque d'amour venant de ma mère et de l'absence de reconnaissance de sa part ainsi que le fait qu'elle n'exprime jamais le fait que moi aussi je suis capable de faire quelque chose de mes dix doigts, que je sais conduire, la preuve, quand je conduis en auto-école ma conduite est pas parfaite mais elle est complimentée alors qu'avec toi c'est limite si à chaque seconde tu me dis pas que ce que je fais c'est inutile, dangereux et qu'il faudrait que je gare la voiture pour arrêter de conduire.

Je suis un être humain de 17 ans, pas une machine conditionnée à gérer cette foutue maison alors que je pourrais avoir une vie sociale, voire même de temps en temps un merci. Pas me faire gueuler dessus parce que au lieu de passer la serpiere correctement, j'ai préféré faire mes devoirs parce qu'en fait je vise une carrière d'ingénieur voire de chercheuse. Mais ça c'est pas un vrai projet puisque c'est pas ton enfant préféré qui veut le faire. Si je suis en internat, c'est pour te fuir, pour fuir mon enfoiré de frère, parce que le seul endroit où je suis chez moi, c'est dans un internat à 80 kilomètres de la où tu vis. Je n'en peux plus de vivre sous le même toit que toi. Je n'en peux plus de ta façon que tu as de te mettre en avant pour montrer que, toi, tu sais. Cette façon que tu as de considérer que je suis la fille imprévue, celle qui s'est cachée, en somme, l'accident. Et quand mon frère qui a 23 ans (et moi 17) ne me respecte pas depuis 17 ans en me disant que je suis une connasse, une salope, que de toute façon je suis bonne qu'à faire le ménage et la bouffe, que je suis inutile, que je suis idiote, que je ne sais rien. Bah évidemment que je ne sais rien, j'ai 5 ans de formation de moins que toi ! Et pourtant moi je viens pas te marcher sur les pieds avec ce que je sais. D'autant plus qu'au fond de moi je sais que j'ai des milliards de fois plus de capacités que tu n'en aura jamais. De toute façon, on a tellement peu cru en moi que la notion de confiance en moi elle n'existe que chez les autres.
Mes profs d'itec ont bien plus de bienveillance et croient tellement plus en moi que tu ne l'as jamais fait. (M. Brottes et Mme Chapuzet si vous passez par là, merci pour absolument tout, je vous jure une gratitude éternelle.)

Et puis papa, je t'aime, je t'aime de tout mon cœur mais je ne sais pas comment te le dire. J'ai claqué la porte il y a un peu plus de 6 mois mais je t'aime.

Je voudrais savoir pourquoi je ne suis pas apte à penser normalement. Pourquoi quand on me dit 1+1 je pense au fait qu'en algorithme ça peut faire 1 ou 0, en binaire ça fait 10, et enfin que ça peut aussi faire 2.

J'ai mal aux yeux, à la tête, mais je me sens repue de m'être exprimée.

Adiou.

Senja    30 octobre 2016   

je te parle à toi là.
à toi-même
la fille à l'intérieur !
J'sais pas trop où t'es . Partout sûrement.
J'me fou. t'es là c'est tout.
Laisse toi vivre!
Oui toi j'sais pas trop où t'es parties mais tu reviens stp.
Tu reviens vite fais, tu ramènes ton cul et tu remontes.
Qui t'as dit que prendre les boulets des autres était une bonne idée ?
Prendre le boulet des autres sans être capable de les lâcher après ?
Le boulet de gens que tu ne connait même pas ? Des fictions ?!
Qui t'as dit que c'était une bonne idée ? La séduction ? Celle de qui ? La mort ? Le danger ?
J avais même pas prévue de t'écrire autant.
J'avais pas prévu d'écrire autant.
J avais à peine deux trois phrases dans la tête.
Mais j suis fière j'ai réussi à toutes les retenir en écrivant.
Bref ça à rien a voir la
tu reviens. t'es déjà là je le sais.
Alors tu souris et vite fais.
tu souris fière
combattante
et tu restes avec ce sourire
parce que 'il sera irrépressible
un vrai
un beau
Sourire

C'est internet    9 novembre 2016    dans ton cul . Ouais c'est récurrent comme blague et alors ?   

Aujourd'hui j'ai 21 ans et je suis Bisexuelle. Je suis presque étonner de ne jamais avoir eu de problème à cause de ça, mes amis me charrie toujours un peu quand je tourne la tête et suis du regard une inconnue dans la rue mais je n'ai jamais eu d'insulte ou de coup.
Tout ce passe bien et je sais que je suis entourer de gens compréhensif et pourtant il y'a toujours le silence.
On a jamais eu LA conversation dans ma famille, je pense leur avoir fait comprendre mais alors que je vis très bien d'aimer les hommes et les femmes, je n'arrive pas a regarder ma famille en face et leur dire "je suis bisexuelle".
Alors je doit écouter les petites remarque qui pourrait presque passer inaperçu. Les "Ah oui il est pédé lui c'est vrai.." par ci, les regards désapprobateur par la. Le plus dur ça a été avec le mariage pour tous. Pour la première fois j'ai vraiment eu envie de hurler contre eux. Et pourtant j'ai pas oser.
Parfois j'aimerais qu'on m'aide a briser le silence mais au fond j'ai peur. Parce que malgré les "ça me dérangerais pas si tu ramenais une fille a la maison un jour" moi je ne pourrais jamais oublier le regard de dégoût sur leur visage après qu'ils aient vu deux femmes s'embrasser...

Hemy    21 mai 2015    CLERMONT FERRAND   

Ah ah que dire! Je crois que j'ai eu une vie sexuelle assez libre. Et malgré les déboires liés au coming out, (ma mère qui s'est fâché très très fort vite raisonnée par ses amies, et mon père qui s'est mis à pleurer) mes parents ont accepté ma relation, de mes amis qui sont ouverts.
Mais ce dont je veux parler sont les fines formes de stéréotypes que la société nous imposent.
Oh combien de fois pendant les réunions de famille m'a-t-on demandé quand j'aurais une "copine"!? Heureusement ma nature introvertie peut-être sadique me permet d'en rire et de me dire "ah si seulement il savait que j'aimais la sodomie"! Comment dire, comment s'impose le "ah mais en fait j'aime les hommes!" et aussi comment l'annoncer sans avoir l'impression que l'on s'immisce inexorablement dans ta vie privée.
Pourquoi annoncer qu'on aime les personnes du même sexe ne fait-il pas le même effet -et à personne en vrai!- que de dire qu'on aime le sexe opposé?
J'ai déjà eu des réactions étranges, "ah on ira faire du shopping alors!" ou bien "le gars s'assume qu'en soirée". Pourquoi faudrait-il que j'assume? Pourquoi ne pas simplement être? Ah mais voilà la différence fine entre la tolérance et la norme!
Oh je rêve d'une situation où la réaction sera normale pour nous tous amis gays, lesbiennes, transgenres! Quand les retours enfin n'auront rien à voir avec le dégoût, le soudain mépris, même encore avec la pitié ou de la soudaine reconnaissance, admiration. J'étais par exemple avec des amies en seconde et elles étaient incroyablement braquées avec moi, elles furent soulagées aussitôt et me révélèrent leur secret immédiatement dès que je leur annonçais que j'aimais les verges.
Dans quel climat la société évolue les femmes? Dans un climat d'anxiété malsain, combien de femmes se sont retournés vers moi quand je me suis mis à les suivre de trop près alors que je prenais le même chemin et me mettait à les dépasser? Et encore combien de femmes se sentent coupables de larguer un mec qu'elle trouve lourd? Combien prennent inutilement sur elles pour suivre des critères de beauté, mode stupide?
Encore également de ces hommes -quoi, presque tous!- qui comparent en permanence leur pouvoir rongé par le fait de n'être qu'après tout de simples humains et non pas des Actions Man montés sur ressort, là à ces moments on se rappelle que les hommes ne sont que des petits garçons tourmentés. Je connais mes amis puceaux tout à fait perturbés à l'idée d'être vierge à 20 ans, d'avoir la taille de son sexe inférieur à XXcm !
Parlons encore du pucelage! Chose ingrate que cet état!
Ça n'est pas le pucelage qui est méchant mais bien ce qui se passe dans la tête des vierges. Outre les tourments infligés par une société invisible qui les pressent de faire vite (17 ans pas plus!), et ce climat de terreur lié aux MST, les puceaux ont un autre tord. On se fait des films pour rien, trop souvent à l'eau de rose! Mes rapports il faut qu'il soit comme ça et de telle manière, on s'embrasse de cette manière. Devant du porno, oui oui, ou avec du kamasutra. Ah ah en testant on comprend vite, que lesdits rapports sexuels dépassent notre entendement et tout simplement se font! Et quoi de plus beau que de perdre le contrôle pour enfin sentir!
Donc voilà ce que je vois, ce que je vis en silence... pour l'instant!

Elmer    27 mai 2015   

C'est aujourd'hui la 18ème IDAHOT :journée mondiale de lutte contre l'homophobie que l'on appelle plus désormais lutte contre les LGBT phobies. J'ai publié pour le compte de la fédération le communiqué de presse que vous retrouverez un peu plus bas sur mon mur. Pour vous rendre un peu mieux compte de ce qu'est l'homophobie ordinaire, presque plébiscitée dirais-je, un petit exemple de grande proximité.
Je suis dans ma maison depuis 19 ans. J'ai toujours eu de bonnes relations avec mes voisins. Président du Conseil Syndical de la copropriété pendant 9 ans, toujours membre de ce conseil je suis impliqué la comme ailleurs dans de nombreuses structures et surtout associations qui luttent contre les stigmatisations de tous ordres. Très soucieux du mieux être collectif et ayant un sens politique aiguë (au sens du vivre ensemble dans la cité). Hé bien il y a quelques semaines j'ai surpris une conversation entre un de mes voisins et son épouse. Le premier disait à la seconde : "Tiens regarde maintenant, il s'habille comme une tapiole !"
Oui j'avais mis un jean moulant, j'avais des baskets de couleur vive, mais surtout je ne vis pas comme ce voisin l'aimerait. Je reçois oui je m'en accuse publiquement d’autres "tapioles", je m'habille parfois de façon voyante, je fais attention a mon corps que j'entretiens par le sports et une alimentation choisie et équilibrée. Je fais parfois la fête différemment de boire de l'alcool. Je pourrai encore citer bien d'autres choses que je fais différemment des autres. Est ce pour autant que j'ai nuit à ce voisin ? Je ne crois fondamentalement pas !
Alors pourquoi ce changement d'attitude ? Ou bien ne serait-ce que le naturel de ce voisin qui resurgit malgré lui ou même de façon parfaitement calculée et voulue ?
C'est cela l'homophobie ordinaire, alors vous me direz que cette homophobie la ne tue pas ! Oui sans doute, mais même un vieux militant affichées endurcit elle peut le blesser profondément. Et tuer n'est pas que tuer physiquement et instantanément. On peut tuer à petit feu psychologiquement, alors on ajoute à la tuerie, la torture. Oui oui je dis bien la torture car psychologiquement ces éléments d'homophobie ordinaire sont bel et bien de la torture.
Alors moi ça ne me touche guère plus que cela parce que comme je le dis plus haut je suis un vieux militant endurci et qui a appris à se prémunir de ce genre de bassesses. Mais je voulais écrire ces lignes pour faire prendre conscience à ceux que j'appellerais les "imbéciles ordinaires" que leurs propos qu'ils ne pensent pas méchants adressés à par exemple un jeune qui découvre son homosexualité, sont en fait des propos qui tuent.
A bon entendeur....

Dominique Ganaye    17 mai 2015    Dijon   

J'ai 16 ans aujourd'hui. Et je regrette.
Je regrette d'avoir été ce monstre intolérant dans le passé, dans ma "jeunesse", à cause de tous les clichés cisgenres que l'on m'avait enseigné.
Je regrette d'avoir dit devant la télévision "Si elle s'est faite violée, c'est de sa faute", ou encore "Elle devrait prendre ça comme un compliment !".
Je regrette d'avoir considéré les personnes de sexe féminin comme des objets, comme des soumises.
Je regrette d'avoir jugé des gens sur leur sexualité, leur sexe, et non sur leur personnalité.
Je regrette d'avoir considéré les autres orientations et genres comme des "déviances mentales".
Je regrette d'avoir dit "Hey regardez là-bas, il y a deux petites tarlouzes qui s'enculent" en me moquant un couple d'hommes homosexuels qui a eu le courage de s'embrasser en public.
Je regrette d'avoir hué la LGBT Pride à la télévision, de les avoir insulté, d'avoir demandé à ce qu'on les enferme ou qu'on les tue.
Je regrette de ne pas être intervenu pour aider une personne qui se faisait agressée par un caïd, car je la considérais comme une "tarlouze".

Il aura fallu l'intervention d'une personne extérieure, qui est aujourd'hui l'une des meilleures rencontres de ma vie, pour que je comprenne que je devais changer.
Un jour je me suis affranchi de ces clichés cisgenres, quitte à perdre des amis, pour comprendre que chacun devrait avoir le droit d'être libre de son genre et de son orientation. Et depuis ce jour là, je me rend compte du mal que j'ai pu faire à ces humains.

Alors à toi que j'ai insulté, sous-considéré, jugé, exclu, hué, abandonné, je viens te demander mon pardon. Je regrette énormément le mal que j'ai pu te faire. Je te prie d'accepter mes pathétiques excuses, et de faire table rase de mon passé d'intolérant et de monstre.
Et à toi, ami qui m'a ouvert les yeux, qui lira peut-être ce témoignage, je te dois une reconnaissance éternelle.

Applebarn    17 mai 2015   

Etant petite, je me demandais ce que j'étais, si j'étais vraiment une fille.
Je courais plus vite que les garçons, je me battais, parlais comme eux, sans doute avec trop de franchise... J'étais plus vive que mes frères. Pour la plupart des gens, plus masculine qu'eux.
Ma mère voulait (et veut encore) me faire porter des robes, du vernis, des jupes, et j'acceptais parce que c'était ma mère... Mais je ressentais inévitablement cette sorte de gêne, comme l'impression d'arriver à une soirée déguisée sans que ce soit vraiment moi. Sauf que ce n'était pas une soirée, juste l'école.
C'était étrange... J'étais fière d'être comptée parmi les garçons lors du sport, mais me sentait mal en même temps. Parce que j'étais une fille après tout, non? Du moins, c’est ce que clamait mon visage de poupée et mes organes génitaux.
Par ailleurs, j'étais l’enfant modèle: très scolaire, serviable, polie et obéissante.
Mais... Un peu trop casse-cou. Qui ouvrait un peu trop sa bouche sur des sujets d' "adulte".
On voulait que je me taise, que je sois plus féminine.
J'ai accepté la première partie, un peu la seconde ; et je me suis tue.
Je me sentais mal parmi les enfants du collège, et ils me le faisaient bien sentir à coups d'insultes ou de pied dans le ventre. Mais je me taisais.
Pareil pour le sport que je pratiquais à l'époque.
Après tout, j'étais tellement casse-cou et imprudente que mes bleus ne pouvaient que venir de là... non?
Les seules conversations qui me faisaient me sentir bien étaient avec les adultes; mais on m'avait retiré le droit d'y participer.
Alors je parlais avec moi-même. Il y avait plusieurs voix dans ma tête et je leur répondais, parfois à voix haute quand j'étais seule. Elles étaient toutes différentes, toutes avec des caractères différents... Je crois qu'elles ont été mes premières amies.
Je suis devenue lunatique
J'étais la fille garçon manquée bizarre; folle.
Et je ne ressentais aucune attirance envers personne, mais ce n'était qu'une phase, ça aussi. Un problème d'immaturité. Et de toute façon, j'étais forcément hétéro.
Le temps a passé, la phase s'est prolongée. Arrivée au lycée, j'étais toujours une gamine. Toujours avec les cheveux coiffés à la va-vite, long parce que ma mère ne voulait pas que je les coupe, sans maquillage, en jean T-shirt trop large... Je détestais voir mes formes apparaître; j'avais peur de devenir une femme alors que je n'étais pas certaine d'en être une.
Toujours avec mes conversations solitaires et l'asociabilité qu'on m'avait appris à cultiver.
Je ne sais toujours pas ce que je suis aujourd'hui. Je me sens plus que mon âge dans ma tête, mais rien ni personne ne m'attire.
Le porno me laisse de marbre, les relations sexuelles (de tout type) me paraissent normales... Pour les autres.
Pour moi, il s'agit simplement d'un monde différent. Inenvisageable.
Ma mère pense que les garçons homosexuels ne sont pas de vrais hommes, qu'il en est de même pour les filles. Elle et mon père ont qualifié le transsexualisme d’ « égocentrique », en disant qu’on ne savait plus quoi inventer.
J'ai ouvert la bouche pour la première fois depuis longtemps, et ai violemment débattu avec eux.
Ma mère a fini par me dire de me taire, puisque de toute façon, je n'aurais jamais les tripes de combattre pour cette cause.
Ah, maman… Si tu savais comme tu as tort. Mais tu ne veux pas savoir. Puisque je dois me taire. Arrêter de jurer. Me maquiller, porter des robes, être féminine, me trouver un copain et baiser avec.
Tu n'as toujours pas compris que tout cela n'arrivera jamais. Parce que la personne que je suis est peut-être une fille, et peut-être pas. Et parce que je suis asexuelle, que je l'ai toujours été, et que je le serai probablement toujours.
Car oui, contrairement à ce que ma famille pense, l'asexualité existe; et ce n'est ni une phase, ni une maladie.
Je ne sais pas vraiment si le silence tue, parce qu’il m’a façonnée d’une certaine manière…
Le silence m’a rendue forte, parce qu’aucune parole n’est plus dure à encaisser que celle à laquelle on nous interdit de répondre.
Le silence m’a rendue forte, parce que si ma bouche est close, mon clavier et le clic de ma souris parlent ; et je me bats pour tous ceux qui pense qu’une fille devrait être comme ça, qu’un homme ne devrait pas faire ceci, qu’une orientation sexuelle est anormale.
C’est dans le silence que je me suis battue contre la violence qui bouillait en moi, en la lâchant la plupart du temps contre moi-même au lieu des autres, en faisant couler mon sang.
Mais pas tout le temps. La seule fois où j’ai lâché prise et où mon corps a agi pour moi, à coups de poings et de rage, m’a sans doute sauvé la vie ; et il m’est impossible de le regretter. Mais y repenser me blesse.
Je crois que le silence est une souffrance, mais que ce qui ne tue pas rend plus fort ; et le silence m’a rendue forte d’une certaine manière.

Hk    17 mai 2015    MyHeadIsBurning   

#CulPouhiou : des chroniques vidéo où l'on parle sexe, corps et sexualités sans fard ni jugements.

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